Shop Mobile More Submit  Join Login
About Literature / Hobbyist Member EloreFemale/Switzerland Recent Activity
Deviant for 3 Years
Needs Premium Membership
Statistics 148 Deviations 732 Comments 7,711 Pageviews

Newest Deviations

Favourites

Friends

Groups

deviantID

EloreCohlt's Profile Picture
EloreCohlt
Elore
Artist | Hobbyist | Literature
Switzerland
Je m'appelle Elore Cohlt, j'ai commencé à écrire il y a environ 10 ans, parce que le chaos qui stagnait dans ma tête avait besoin de prendre l'air.

Tout d'abord acclamée dans l'univers des blogs puis des forums rpg, je me suis arrêtée d'écrire car je n'aimais pas ce style impersonnel et hypertrophié qui était le mien.
Puis j'ai recommencé.
A écrire mieux. Presque bien.
Mes idées trouvèrent enfin un catalyseur, mes mots trouvèrent des yeux, grâce à ces auteurs à la plume bien plus fine et élégante que la mienne. Cela fait maintenant 5 ans qu'il m'arrive d'écrire bien et je dois avouer que c'en devient inquiétant.

Cet espace a été crée pour regrouper mes divers billets, essais, textes réussis ou autres. Soyez les bienvenus.
Interests

Activity


Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes. La sentence était resté imprimée dans mon esprit, accompagnée du souvenir de la baie vitrée éclatée, des formes sombres et jappantes dans la nuit. Le lendemain, on crut à un cambriolage et je ne dis rien. Officiellement, je dormais auprès de ma femme et mes enfants. Officiellement, je n’avais rien à voir avec tout cela. La détermination pourtant si forte que j’avais ressenti s’était évanouie avec l’aube.

Je ne me rendis pas dans les Montagnes. J’aurais pu le faire pourtant, mais c’était comme si ma volonté avait disparu. Ma condition n’était pas si terrible, mon mal n’en était peut-être pas un. Je relativisai donc, faisant des mois durant comme s’il n’en était rien. Mais depuis mon bureau, la vue des sommets était inévitable. À chaque fois que mon regard les effleurait, les mots de la fugitive se répercutaient entre les parois de mon crâne.

Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes.

Peut-être avait-elle été attrapée. Peut-être ne m’attendait-elle plus. Je tentais de me le répéter pour éviter de devoir m’y rendre, conscient que je risquais de m’y attirer des ennuis qui me dépasseraient, me submergeraient. Je tentai d’ignorer son Appel, en vain.

Il y eut Rupture.

Le mot fut passé, l’absence gérée. Le Boss voulait sa semaine, personne ne pouvait l’en empêcher. Trouver une raison à ma famille fut plus compliqué, mais cela se fit : j’étais déterminé. Pour eux, j’étais en voyage d’affaires. Pour l’entreprise, quelque part en bord de mer. Ni l’un ni l’autre ne connaissaient ma véritable destination. Et c’était sans doute mieux ainsi : je ne partais pas forcément avec l’intention que l’on me retrouve.

Les Montagnes, situées au nord de la cité, étaient si sauvages que personne n’y vivait. Ou plutôt, un nombre insignifiants d’ermites et autres reclus. J’ai pris les transports en commun jusqu’au terminus, près du versant. Mais je n’ai pas suivi le chemin forestier. Au contraire, j’ai coupé à travers les bois.

Je savais que Mitsuko ne se montrerait à moi que si je restais seul.

Les jours passèrent. Bien que je ne sois pas habitué à la vie au grand air, trouver mes repères ne me fut pas difficile. J’avais une tente, un réchaud, des provisions et un téléphone que je n’allumais jamais. Je me sentais hors du monde. Étrangement, cela me suffisait.

Un soir, il plut beaucoup. Je n’aurais su dire lequel, je commençais à perdre le compte du temps. La pluie était trop forte, je décidai de troquer ma tente pour une caverne. Lorsqu’en j’en trouvai enfin une, je m’y écroulai et frissonnai tout le temps que dura mon sommeil. Ce fut une flamme qui me réveilla, une petite flamme vacillante qui dansait devant mes yeux.

- Tiens, tu t’es réveillé.

Le ton plus que la voix m’était familier. Me redressant, je parvins à m’asseoir et, à la lueur d’une lanterne qu’elle devait sans doute avoir apporté, fixai Mitsuko dans les yeux. La peau de son visage avait pâli, s’était creusée et son sourire s’était nimbé de fatigue. Je voulus lui répondre mais une quinte de toux m’en empêcha.

- Là, là, fit-elle en m’ébouriffant le haut du crâne. Tu as bien failli attraper la fièvre ce soir.

- Je suis arrivé ? Ai-je fini par réussir à lui demander, d'une voix pâteuse. Un éclat tendre passa dans son regard.

- Non. Plus haut.

Un éclat grave passa dans son regard.

- Et je t’attends. Dépêche-toi.

Sur ces mots, une grande vague de fatigue m’envahit et je me rendormis. Lorsque je me réveillai, j’étais seul.

Je repris mon ascension.

Je n’avais aucune idée de comment la chercher, où la trouver. Mais je ne me décourageai pas, m’enfonçant sans crainte à travers une nature de plus en plus sauvage, de plus en plus hostile. Sur mon chemin, les arbres se resserraient, la forêt se faisait dense et le relief escarpé. Mais je montais, je ne cessais de monter. J’avais avec moi de quoi survivre encore quelques jours, même si je mangeais moins. Mes pensées, au fur et à mesure que je croyais m’approcher, se faisaient de moins en moins complexes, je devenais Animal motivé par la poursuite d’une femme-enfant inhumaine.

À plusieurs reprises, je crus percevoir autour de moi la présence d’Autres. Leurs ombres parfois semblaient filer contre la toile de ma tente mais jamais ils ne s’arrêtèrent. Eux aussi la cherchaient, je pouvais le sentir, le deviner.

Il y eut encore une nuit, une aube et un crépuscule. Alors que s’achevaient deux semaines dans la ville, je découvris sa demeure.

C’était un temple désaffecté, entouré de lanternes et de carillons qui tintaient dans le vent. Passant la porte entrouverte, je la trouvai allongée, sommeillant au milieu d’un océan de bougies allumées. Elle ouvrit les yeux alors que je posai mon sac au sol, m’adressa un sourire ensommeillé.

- Je savais que tu finirais par venir.

- Je ne le voulais pas.

Elle se releva, sembla hésiter sur l’attitude à avoir puis finit par hausser les épaules, désignant la paillasse en face de la sienne.

- Viens t’asseoir.

Je m’exécutai, tentant de n’éteindre aucune bougie sur mon passage. Elle me fixa quelques instants, secoua la tête. Elle était pareille que dans ma vision, bien plus démunie que lorsque nous avions conclu le Pacte. Pourtant je n'hésitai pas.

- Tu m’as menti.

Je l’accusai sans même vraiment être en colère et elle ne cilla pas, sans doute aussi lasse que moi.

- Je ne vois pas en quoi. Me répondit-elle d’une voix posée. Elle baissa les yeux, contemplant la lueur de trois flammes vacillantes entre nous. Quant à moi, j’étais incapable de me détacher de son visage, de ses cils rendus immenses par la pénombre. Je cherchai son regard en vain. Elle refusait de me regarder.

Alors que je voulais protester, elle reprit :

- Je t’ai donné tout ce que tu m’avais demandé. Emploi, amour, argent, reconnaissance. Tout. Sans exception.

Il y eut un frémissement parmi les flammèches, comme un petit courant. Je sentis mes poings se crisper, des larmes vaines rouler le long de mes joues. J’étais fatigué, tellement fatigué.

Elle replongea son regard dans le mien, et la puissance de la colère qui y vibrait me paralysa. Je restai immobile, oubliant même de respirer alors que ses yeux happaient les miens, nous clouant l’un à l’autre.

- Réfléchis trois secondes, Aaron. Je sais très bien que tu n’en dors pas la nuit, que tu as honte de ne pas être heureux. Mais je n’y suis pour rien. Je n’ai fait que t’offrir ce que tu m’as demandé.

- Tu m’as pris mon coeur !!

Cela avait été plus fort que moi, j’avais hurlé comme un animal blessé.

Surprise sans doute que je me débatte, elle se figea. Je continuais de pleurer sans bruit, sans même le sentir, malade d’être encore un raté, de n’avoir jamais changé.

- Tu me l’as dit pourtant, que je pourrais être heureux sans... alors pourquoi est-ce que je ne le suis pas ? Pourquoi est-ce que mes émotions sont devenues aussi faibles ?

Il y eut un silence lourd, ponctué par le son des clochettes. Puis, le visage marqué d’une expression honteuse que je ne lui connaissais pas, Mitsuko passa les bras autour d’elle-même. Elle frissonna, baissa les yeux.

- Parce que le coeur est siège des émotions, voilà pourquoi. Parce qu'on a rien sans rien, que ta demande ne pouvait avoir... qu'un prix élevé.

Sa voix était éteinte. Devant son expression, ses tremblements, je ne parvins plus à m’énerver. Embarrassé, je détournai le regard, voulus stupidement changer de sujet.

- Pourquoi tant de bougies ?

- La lumière me nourrit.

Elle avait évacué la question comme si sa réponse était on ne peut plus ordinaire. Et je ne répondis rien, incapable de savoir comment réagir. Et à nouveau le silence s’établit, à nouveau le vide se fit entre nous. Pris dans mes pensées rudimentaires et blessées, je sursautai lorsque sa voix résonna à nouveau.

- J’ai froid.

- Moi aussi.

Elle sourit, se leva en chancelant.

- Attends-moi là.

Elle disparut à l’arrière de la salle, revint une minute plus tard les bras chargés de couvertures.

- Je te propose qu’on dorme. On reparlera de tout ça demain.

Je hochai tout d’abord la tête, m’emparant de l’épais drap qu’elle me tendait. Bien qu’à l’abandon, les lieux ne semblaient pas insalubre. Il s’en dégageait juste une tristesse latente, qui s’infiltrait sous le crâne comme pour mieux coller à l'âme.

Elle voulut s’allonger, s’étonna que je ne fasse pas de même. En silence, j’allai m’asseoir dos à l’autel près duquel nous nous trouvions, faisant ainsi face aux imposantes portes d’entrée.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Je surveille.

Elle sembla surprise, puis de la reconnaissance illumina ses prunelles. Elle renifla, tout aussi pathétique que je l’étais. Puis, sans rien dire, elle trotta vers moi et vint s’asseoir à mes côtés. À cet instant, elle n’avait plus rien de la femme que je croyais qu'elle était.

- Bonne nuit, Aaron.

- Bonne nuit, Mitsuko.

Elle eut un geste et une partie des bougies qui nous entouraient s’éteignirent. Les minutes défilèrent, paisibles comme l’Océan après la tempête.

Puis un dernier échange.

- Je suis désolée. Je croyais que tu pourrais être heureux sans un coeur.

Je pris mon temps pour murmurer en retour :

- C’est pas grave.

Son corps menu vint se blottir contre mon flanc. Elle répliqua :

- Certaines choses sont taboues, dans mon milieu. Interdites. Les clauses de notre Pacte en font partie.

- Parce que ce n’est pas juste ?

- Parce que cela ne se fait pas.

Un temps.

- C’est pour ça que tu es poursuivie ?

Je crus qu’elle n’allait pas me répondre.

- ... oui.

Un hibou hulula, à l’extérieur. Elle sembla en sourire.

- Tu es courageuse.

- Et toi, tu es stupide.

Sa voix se fana, sa respiration se modifia. Elle s’était endormie. Je finis par faire de même, longtemps après.

Quand je me réveillai, elle était dans mes bras.
66. Snow ~ Le Pacte, troisieme partie
Et l'aventure se poursuit, les relations se modifient sans cesse. 

J'espère pouvoir publier la suite du Pacte bientôt, si mon emploi du temps me le permet. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture.

Le prochain thème : Drum.
Loading...
Les mois avaient passé, depuis le Pacte. Les mois s’étaient écoulés, ma vie avait changé. Tout sembla me tomber dans les bras : femme, enfants, reconnaissance, argent. Moi qui n’étais pas utile à la société, je me retrouvai bientôt à la tête d’une compagnie et mon bureau donnait sur la ville. Je n’étais pas égoïste pour autant, j’avais pour principe de donner aux bonnes oeuvres et je le faisais. J’épousai peu après la femme qui tomba amoureuse de moi la première, une blonde au regard pétillant. Nous eûmes un enfant, un petit garçon nommé David. Et depuis peu, une petite fille grandissait dans son ventre.

J’avais tout voulu, j’avais tout eu. Ma vie était un chef d’oeuvre de perfection, j’avais de nouveau tout ce qu’il me fallait... ou presque.

Depuis le Pacte, je ne dormais plus. Et si ce n’était pas un problème en soi, je savais que la raison de mes insomnies en était un et pas des moindres. Mais je la fuyais, je faisais exprès de l’ignorer. Je partais en voyage, signais les contrats. Tout pour échapper aux conséquences qui me couraient après, tout pour ne pas voir que, au final, j’avais fait le mauvais choix.

Il était trois heures du matin lorsque la responsable de ma nouvelle existence m’avait rejoint dans mon bureau. Je l’avais convoquée comme on convoque un employé, usant de la carte de visite qu’elle m’avait laissé. Elle avait décroché immédiatement, fraîche comme si jamais elle ne dormait.

- Oui ?

- C’est Aaron. Il faut qu’on parle du Pac-

- J’arrive.

Elle était donc arrivée, très vite. Je l’attendis devant l’ascenseur, observant les chiffres s’affoler alors qu’elle se rapprochait de moi, au sommet du building.

Lorsque les portes s’ouvrirent, elle me sauta au cou. Ne sachant trop comment réagir, je la pris un peu maladroitement dans mes bras. Elle sentait la cendre, la cannelle et une autre chose que je ne savais définir.

- C’est bon de te revoir. Avait-elle dit de sa voix entre deux âges. J’avais hoché la tête, elle s’était détachée de moi, m’avait contemplé. Tu as meilleure mine.

- Sans doute.

Comme si cela avait mis fin à la conversation, elle avait commencé à déambuler dans le bureau, s’approchant de l’immense baie vitrée depuis laquelle je pouvais contempler la ville entière et les montagnes au loin.

- Quelle magnifique vue.

- Je devrais te remercier pour ça...

- Mais tu ne vas pas le faire.

Elle s’était retournée, avait posé son regard perçant sur moi et pris place à mon bureau, sur le siège que j’occupais actuellement.

- Tu ne m’as pas appelée pour me dire merci, je le sens bien. Alors dis-moi ce qui se passe ?

À nouveau elle s’était mise en position de force. Et je l’avais laissé faire, tant l’autorité, la maîtrise de cette fille semblait naturelle. Et puis, elle m’avait sauvé.

Je voulus ouvrir la bouche, mais il y eut un bruit, dans l’ascenseur. Les yeux de Mitsuko - car c’était le nom qu’elle m’avait donné - s’écarquillèrent. Elle soupira.

- Je me disais bien que je n’aurais pas le temps de discuter...

- De quoi tu parles ?

Il y eut un nouveau choc. Un bruit métallique, à glacer le sang. Je me levai, elle fit de même mais son regard happa le mien, m’empêchant de me retourner.

- J’ai eu... quelques ennuis, récemment. J’étais en train de déménager quand tu m’as appelé, j’ai cru que je pourrais régler ton problème au passage, mais... ils ont été plus rapides.

- Qui ça ?

Avec une rapidité inhumaine, elle bondit sur le bureau, me saisit la tête entre ses deux mains.

- Ce n’est pas important. Écoute-moi bien.

Les bruits se multiplièrent, se rapprochèrent. Mitsuko posa son front contre le mien.

- Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes. En attendant, je vais faire en sorte qu’ils ne te touchent pas.

Sur ces mots fiévreux, elle m’embrassa sur le front et me repoussa brutalement, me forçant à me rasseoir. Aussitôt, ma peau se mit à luire et je sentis une chaleur étrange mais rassurante pulser à travers mes cellules.

- Ferme les yeux.

Je m’exécutai. Une sourde angoisse s’était emparée de moi, je sentais que ce qui se rapprochait était dangereux, trop dangereux pour que je puisse le combattre.

- Tu ne pourras les rouvrir que lorsque tu seras seul.

Durant une seconde, je n’entendis plus rien. Puis un bruit de cristal transperça mes tympans alors qu’une pluie de verre s’abattait sur moi. Je me recroquevillai sur mon siège alors que je sentais des formes étranges, dures comme du roc frôler mes épaules et mes jambes, toutes en direction de l’extérieur. Il y eut quelques cris, entre exclamations et jappements... puis le silence.

Je sentais que j’étais seul et je l’étais en effet.

Lorsque je rouvris mes paupières, la lumière avait quitté mon corps mais ce n’était pas le plus flagrant : la baie vitrée avait volé en éclat, comme si elle avait été transpercée par une dizaine de corps. Le vent glacé de l’extérieur s’était engouffré dans mon bureau, me laissant effrayé et tremblant. Et en-dessous, la ville continuait de vivre, d’être constamment en mouvement, en changement.

Seules les montagnes, au loin, semblaient immuables. En dirigeant mon regard vers elle, je sentis alors un sentiment étrange, un appel déchirant de leur part, de sa part. La traque avait commencé, je pouvais le ressentir dans mes veines. Il fallait que je la trouve avant que les Autres ne le fassent, tant pour moi que pour elle. Après tout, nous avions un Pacte à briser.

Ma décision fut prise avant même que l’aube ne surgisse.
66. Snow ~ Le Pacte, deuxieme partie
La suite des aventures d'Aaron et de Mitsuko (puisqu'ils risquent de ne pas me quitter avant un moment, j'ai préféré leur donner des noms).

En espérant qu'elle vous plaira ! :heart:

Le prochain thème : Drum.

---
Soundtrack :
David Sylvian - World Citizen (I Won't Be Disappointed)
Loading...
Pour raisons liées à mon boulot, je ne publierai mon nouveau texte que demain ! Merci de votre patience et désolée.
  • Listening to: Shaka Ponk - Time Has Come
  • Drinking: Dr. Pepper
La neige tombait sur la ville depuis des jours. Doucement, sans s’interrompre, elle teintait d’humidité les façades métalliques et transformait la cité. Au milieu des passants pressés de rentrer chez eux, une silhouette marchait. C’était un homme quelconque, d’aspect commun mais dont le regard portait une tristesse insondable. Quittant la rue animée, il s’enfonça dans les veines les moins encombrées, rendues boueuses par l’hiver. L’itinéraire était tortueux, compliqué : plus il s’avançait, plus les ruelles se faisaient sordides. Pourtant l’homme ne s’arrêtait pas, n’avait pas peur : il était de l’espèce de ceux qui s’imaginaient n’avoir rien à perdre.

Ou presque.

Alors qu’il passait devant un sans-abri frissonnant, l’homme se remémora les paroles de celle qu’il n’avait su nommer autrement que "la fille".

"Tu me trouveras derrière une porte rouge, plus rouge que le sang dans les veines."

Elle avait raison : la porte était d’un rouge si marquant que l’homme, en y frappant, eut l’impression de toucher un muscle. Quelques secondes passèrent, puis la porte s’ouvrit dans un grincement. Alors qu’il hésitait à en franchir le seuil, une voie féminine se fit entendre.

- Viens donc te réchauffer. Il doit faire froid dehors.

Il reconnaissait cette voix. Encouragé par les paroles qui avaient résonné à l’intérieur, il entra et referma la porte derrière lui.

La pièce, étroite et sans fenêtre, était meublée avec simplicité : des étagères contre les murs, un bureau, deux chaises et quelques bibelots, disposés comme au hasard. Si l’homme y avait accordé de l’attention, nul doute qu’il s’y serait arrêté, en aurait admiré l’aspect si peu ordinaire mais voilà : autre chose retenait son attention.

Les lieux étaient éclairés par la lueur combinée d’un nombre impressionnant de bougies. Réparties sur les étagères ou dans des lanternes qui pendaient du plafond, leurs flammes vacillantes dansaient, jouaient avec les ombres de la pièce et conféraient à l’endroit une atmosphère mystique. La fille - la fameuse - était assise derrière le bureau et tenait dans ses bras un animal à la fourrure sombre que l’homme ne put identifier.

- Approche-toi. Lança-t-elle sans lui jeter un regard. L’homme s’exécuta, mais son geste fit fuir l’animal qui bondit des genoux de sa maîtresse pour se cacher sous le bureau. Cette dernière fit une moue boudeuse avant de le réprimander doucement :

- Tu sais bien que c’est mal de se comporter ainsi avec mes invités...

Un feulement inquiétant lui répondit. La fille haussa les épaules avant de reporter son attention sur celui qui avait traversé la ville pour venir la voir. Ce dernier soutint son regard ; pour la première fois, il put prendre le temps de contempler son visage.

Il ne l’avait pas surnommée "la fille" pour rien : bien que son attitude et son parlé soient ceux d’une femme, son apparence avait quelque chose d’étrange, à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte, sans pour autant que l’on puisse vraiment la qualifier d’adolescente. Elle était petite aux longs cheveux noirs et son visage était d’une symétrie si rare qu’il en devenait presque inquiétant. Bien que ses habits auraient pu suggérer une appartenance à l’Asie, ses traits - à part ses yeux, légèrement en amande - restaient européens.

Un éclat malicieux passa dans son regard alors qu’elle adressait à son invité un sourire. Sa voix résonna dans l’espace clos, déchirant le silence qui s’était étendu entre eux.

- Je savais que tu viendrais.

Il hocha la tête.

- Viens donc t’asseoir, reprit-elle en désignant la chaise qui lui faisait face. Il acquiesça et obéit. Aussitôt son dos se voûta, signe de toute la lassitude qu’il portait en fardeau. La fille lui adressa un regard inquisiteur, auquel il répondit d’une voix cassée.

- J’ai un problème.

À son ton, on pouvait aisément deviner à quel point prononcer ces trois mots lui coûtait. La fille se pencha, son regard s’adoucit.

- Je le sais.

Il y eut un petit temps, puis l’homme reprit :

- Je suis un raté.

Elle ne répliqua pas, ne le contredit pas. Il n’en avait pas besoin. Il continua.

- Je n’ai rien, rien dans mon existence qui justifie que je continue. Mes amis n’en sont pas, ma famille ne me parle plus, mon travail est horrible et...

Sa voix finit par se briser. Secoué par des sanglots qu’il ne pouvait retenir, il baissa la tête, honteux comme un enfant pris en faute.

- ... je suis seul, tellement... seul.

Il renifla, tenta de se contenir en vain. Avouer ainsi sa détresse rendait la souffrance plus vivace, bien trop forte pour ses épaules d’homme quelconque. Son interlocutrice le laissa à sa détresse jusqu’à ce que ses sanglots s’espacent.

- Tu viens donc me demander de l’aide.

Il n’osa pas croiser son regard, mais hocha faiblement la tête. Avec attention, elle se rapprocha légèrement de lui.

- Et que désires-tu ?

Il ne répondit pas. Encore plus doucement, elle reprit :

- Tout ce que tu veux, je peux te le donner.

Il y eut une nouvelle pause, instant figé où ni l’un ni l’autre ne semblait même respirer. Puis l’homme prit la parole.

- J’aimerais... tout ce que je n’ai pas pu avoir. Je veux... un travail impressionnant, une vraie place. Des amis, une famille... je ne veux plus être seul, plus jamais.

Il avait lâché sa demande comme une confession honteuse. Se redressant quelque peu, il jeta un coup d’oeil prudent à son interlocutrice.

- Tout cela... je pourrais l’avoir ?

Elle n’hésita pas une seule seconde, hocha la tête avec vigueur avant de se laisser aller contre le dossier de son siège.

- Oui, absolument tout. Mais rien de ce que les gens de mon espèce ne font n’est gratuit, je t’avais déjà prévenu.

- Oui, c’est vrai. Et... pour ma demande ? Quel en serait le prix ?

La réponse vint sous la forme d’un courant qui, glissant dans la pièce, fit vaciller les flammes de plus belle. Sous le bureau, un ronronnement satisfait se fit entendre. Le sourire revint sur les lèvres de la fille, plus assuré et asymétrique, teinté de quelque chose de décalé, légèrement inquiétant. Une tendre convoitise brûla dans ses yeux lorsque son regard descendit pour venir fixer la poitrine de l’homme.

- Je ne te demanderai qu’une seule chose... pour ma collection.

Bien qu’il ne soit pas dans le plus lucide des états, il comprit tout de suite où elle venait en venir. C’était étrange, mais il avait eu le sentiment - dès leur première rencontre - que leur pacte se conclurait ainsi. D’un geste un peu insolent, qui ne lui ressemblait déjà plus, il tendit le bras et redressa doucement le menton de la femme-enfant.

- Mes yeux sont ici, lança-t-il avec humour mais sans charisme - après tout, n’était qu’un homme quelconque. Il y eut un nouvel éclat dans le regard de la fille, une surprise un peu tendre comme celle qu’une mère pourrait éprouver devant la réplique bien pensée de son enfant.

- As-tu vraiment compris ce que je te demande ?

Il hocha la tête, rendu désespérément confiant par la pensée que son rêve pourrait se réaliser.

- Oui.

L’expression de la fille se chargea d’une émotion étrange, comme teintée de fièvre. Sa respiration s’accéléra, elle se redressa pour s’approcher plus de son visage à lui.

- Si nous effectuions la transaction maintenant, tu pourrais te réveiller demain... en homme nouveau...

Elle sembla déglutir beaucoup, tendue par l’attente et l’envie. Et l’homme ne la fit pas languir. D’un ton solennel, il prononça alors les deux mots qui allaient alors plonger son existence dans de toutes nouvelles ténèbres :

- C’est d’accord.

Il y eut une fraction de seconde, le temps que les mots résonnent. Puis la main de la fille vint agripper son poignet.

Toutes les lumières s’éteignirent.
66. Snow ~ Le Pacte, premiere partie
Et voilà. Après de longs mois d'absence, le texte du retour. Comme l'histoire est en plusieurs parties, j'ai pris la décision de ne pas la poster (ni l'écrire) d'un bloc.

Le prochain thème : Drum.

Bonne lecture ! :heart:
Loading...
Bonjour à tous.

Cela fait depuis quelques temps que je ne suis plus parmi vous. Les études, la plongée en eaux troubles ainsi qu'une trop grande dispersion m'ont aspirée, me faisant oublier le challenge que je m'étais, alors, promise de compléter. Je n'ai pas envie de m'étaler plus sur les raisons de mon absence, sachez simplement qu'elle a assez duré. Désormais, je posterais un nouveau texte tous les deux samedis (voire entre deux lorsque l'inspiration s'y prêtera), suivant les règles du 100 Themes Challenge ou d'autres idées plus sauvages, au gré de mon imagination.

Ma prochaine création paraîtra donc le samedi 28 mars, jour de ma naissance Meow :3 

En espérant parvenir à toujours susciter de l'émotion en vous par mes mots, je vous donne rendez-vous samedi prochain !

Avec affection,
Elore Heart 
  • Mood: dA Love
  • Listening to: Ed Sheehan - I See Fire
  • Drinking: Water
Bonjour à tous.

Cela fait depuis quelques temps que je ne suis plus parmi vous. Les études, la plongée en eaux troubles ainsi qu'une trop grande dispersion m'ont aspirée, me faisant oublier le challenge que je m'étais, alors, promise de compléter. Je n'ai pas envie de m'étaler plus sur les raisons de mon absence, sachez simplement qu'elle a assez duré. Désormais, je posterais un nouveau texte tous les deux samedis (voire entre deux lorsque l'inspiration s'y prêtera), suivant les règles du 100 Themes Challenge ou d'autres idées plus sauvages, au gré de mon imagination.

Ma prochaine création paraîtra donc le samedi 28 mars, jour de ma naissance Meow :3 

En espérant parvenir à toujours susciter de l'émotion en vous par mes mots, je vous donne rendez-vous samedi prochain !

Avec affection,
Elore Heart 
  • Mood: dA Love
  • Listening to: Ed Sheehan - I See Fire
  • Drinking: Water

AdCast - Ads from the Community

Comments


Add a Comment:
 
:iconwho-died:
Who-Died Featured By Owner Mar 17, 2015
A very late thank you for the watch! 
Reply
:iconcanibal-powa:
Canibal-powa Featured By Owner Oct 31, 2014  Hobbyist Digital Artist
Merci pour le fav'!

Et Joyeux Halloween!
Reply
:iconnarimal:
Narimal Featured By Owner Oct 7, 2014  Hobbyist General Artist
This is kinda late but awhile back you gave me a favorite and I wanted to express my appreciation, 
so thank you. Love 
Reply
:iconjanewoolf:
JaneWoolf Featured By Owner Aug 29, 2014  Student Photographer
meow for the fav. :hug:
www.facebook.com/woolf.j
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Digital Artist
Coucou tu as quel age Elore?
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Writer
21 ans. C'est une information que tu peux trouver sur ma page Facebook.
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Jul 29, 2014  Hobbyist Digital Artist

 Bonjour,

Si tu cherches à faire de nouvelle rencontre moi je ne demande qu'a enrichir ma vie par divers connaissance et ai soif d'échange en tout genre.

Ce message peut paraitre un peu bizarre mais je trouve que ce genre de site est le meilleur moyen de rencontrer des gens qui ont le même gout pour l’art et le dessin que moi.

J’y ai même trouvé l’amour par un hasard incroyable d’un p’tit com sur l’un de mes dessins  amour perdu depuis lors =(

Si ce message a éveillé ta curiosité 

voici mon Skype :   fooxx1986

Je serais ravie de discuter avec toi et faire plus ample connaissance. Et te souhaite une bonne journée ou soirée peut-être à une prochaine.

 

PS

Je fais un copié collé de ce message j’envois ça aux pros comme aux amateurs

(J'peux même donner des cours de dessin sur logiciel par Skype si tu es intéressé par se que je fais.)

Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 8, 2014  Hobbyist Writer
Bonsoir fooxd,

J'ai apprécié de lire ton message et je dois dire que j'ai été intriguée par son contenu. Hélas, je fais partie de l'espère des introvertis et ma vie est actuellement saturée de contacts sociaux, bien plus qu'il ne m'en faut. Je vais réfléchir à ta proposition, peut-être trouverais-je le courage de te parler mais au vu de mon caractère et de mon goût pour la solitude, rien n'est moins sûr.

En te souhaitant une bonne soirée,
Elore
Reply
:iconkatsuyko:
Katsuyko Featured By Owner Jun 17, 2014  Hobbyist General Artist
Eh petit esprit, es-tu toujours parmi nous? D:
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Jul 5, 2014  Hobbyist Writer
Oui :3
Reply
Add a Comment: