Shop Mobile More Submit  Join Login
About Literature / Hobbyist Member EloreFemale/Switzerland Recent Activity
Deviant for 3 Years
Needs Premium Membership
Statistics 150 Deviations 732 Comments 7,875 Pageviews

Newest Deviations

Favourites

Friends

Groups

deviantID

EloreCohlt's Profile Picture
EloreCohlt
Elore
Artist | Hobbyist | Literature
Switzerland
Je m'appelle Elore Cohlt, j'ai commencé à écrire il y a environ 10 ans, parce que le chaos qui stagnait dans ma tête avait besoin de prendre l'air.

Tout d'abord acclamée dans l'univers des blogs puis des forums rpg, je me suis arrêtée d'écrire car je n'aimais pas ce style impersonnel et hypertrophié qui était le mien.
Puis j'ai recommencé.
A écrire mieux. Presque bien.
Mes idées trouvèrent enfin un catalyseur, mes mots trouvèrent des yeux, grâce à ces auteurs à la plume bien plus fine et élégante que la mienne. Cela fait maintenant 5 ans qu'il m'arrive d'écrire bien et je dois avouer que c'en devient inquiétant.

Cet espace a été crée pour regrouper mes divers billets, essais, textes réussis ou autres. Soyez les bienvenus.
Interests

Activity


La neige tombe sur la ville depuis des jours. Au milieu des immeubles grisâtres et recouverts de blanc, les dernières silhouettes de passants empressées se dépêchent de rentrer auprès des leurs pour fêter le réveillon. Et c’est ainsi que les rues se vident doucement, comme le sang hors des veines.

Au milieu des rues sales de neige, un homme à l’allure ordinaire qui fut chien, qui fut celui qui tint la ville entre ses mains. Ses habits sont plus sales, ses cheveux plus crasseux que jamais. Les rares badauds sur son chemin s’écartent par principe mais sans réelles conviction.

Il y a, sur le visage de cet homme à l’allure ordinaire, le plus beau sourire du monde.

Et il chante, Aaron. Il chantonne en repensant à elle, il se sent pousser des ailes, joue dans la neige avec les enfants. Entre ses poumons, il y a un petit coeur qui bat très doucement comme un oiseau qui se débat, plus fort lorsqu’il se remémore son visage. Derrière ses côtes le petit organe ne cesse de battre, de répandre le sang vivant. Et lui se sent heureux, plus heureux que jamais.

Son coeur, la magicienne ne le lui rendit pas. Pas entièrement, du moins. Mais c’était là la contrepartie, le prix de son bonheur : qu’il lui appartienne. Entièrement.

Mitsuko était sans doute criminelle, mais ses sorts étaient efficaces. Alors qu’il s’étale dans la neige et rit, la tête dans les étoiles, Aaron s’en fait la constatation béate. Le secret de son rire éclatant se devinent de ceux qui savent. Ceux qui ont été comme lui.

Il est tombé amoureux, l’homme changé.

Amoureux d’une petite fée.
66. Snow ~ Le Pacte, epilogue
La dernière partie de l'épopée, le point final.

J'espère que leur histoire vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser vos avis, je ne mords pas :heart: et bonne lecture !

Le prochain thème : Drum.

---
Soundtrack :
Charlélie Couture - M'enfermer avec toi
Loading...
Le soleil se leva peu après mon réveil. Seul dans un temple abandonné avec, serrée contre moi, une ensorceleuse qui s’était jouée de moi, je regardai la lumière du jour filtrer à travers les portes et briser la pénombre de la pièce. Dans mes bras, Mitsuko respirait avec lenteur. Elle était parfois prise d’un frisson mais son sommeil - cela mis à part - demeurait paisible. Elle finit par s’éveiller à son tour, m’adressant un sourire un peu surpris, un peu penaud. Aucun de nous ne parla cependant. Comme si les lieux imposaient le silence.

Toujours sans rien dire, elle se leva et se mit à ranger les bougies éteintes. Ce fut sa voix qui brisa - en premier - la tranquillité des lieux.

- Mon travail, comme celui de beaucoup des miens, est simple. Nous usons de nos dons pour conclure des marchés, faire fonctionner le commerce.

Je hochai la tête, réalisai qu’elle ne pouvait me voir et laissa échapper un vague grognement d’approbation. Même lors de ma seconde vie, je n’avais jamais été du matin.

- Cependant, il existe des lois concernant ces pactes. Des lois strictes, des interdictions.

Un très bref temps. Après avoir rangé la plupart des bougies dans un sac, Mitsuko se redressa et m’adressa un regard.

- Prendre le coeur d’un client est l’une d’entre elles.

Comme si mon corps plus que mon esprit réagissait à ses paroles, je sentis un sentiment étrange pincer l'espace entre mes deux poumons. Machinalement, je portai la main à mon torse qui ne pulsait plus depuis la conclusion du pacte. Mon hôtesse poursuivit :

- Les choses qui ont fracassé la baie vitrée de ton bureau m’ont été envoyées pour me punir de ma désobéissance.

- C’est une sorte de police, donc ? Si je comprends bien ?

Elle acquiesça, se concentrant à nouveau sur son rangement comme si nous ne parlions de rien d'important. Sa nonchalance avait quelque chose de terrible, de déchirant. 
Même pour un sans-coeur comme moi.

Le silence s’installa, s’étendit entre nous. Je me levai, pris vaguement conscience d’avoir froid et entreprit de l’aider dans sa tâche. Dehors, les oiseaux chantaient comme pour célébrer l’avènement de l’hiver. Pris soudain d’un élan d’agacement, je secouai la tête.

- Tu les fuis ?

Elle haussa les épaules, éteignit d’un geste la flamme de plusieurs bougies.

- Oui.

Je la fixai avec insistance. Elle sembla le sentir, répliqua :

- Ils sont peut-être déterminés, mais pas autant que moi.

Sa voix tremblait légèrement. Elle laissa soudain tomber son sac et se rapprocha, plantant son regard fiévreux dans le mien.

- Je ne me laisserai pas avoir, Aaron. Pas vivante.

Elle était loin, l’enchanteresse qui avait souri de mon infortune et m'avait contemplé comme si j'étais un prix. Dépouillée de cette insupportable arrogance qu’elle abordait en ville, je la trouvai bien plus belle.

Je souris et Mitsuko plaqua sa main contre mon épaule, s’y agrippant avec fermeté.

- Je ne peux pas défaire un sort aussi puissant. Mais je peux te proposer un arrangement.

C’était pour cela que j’étais venu. J’imagine que quelque chose dut briller dans mes yeux car elle reprit, souriant à son tour :

- Si tu veux le bonheur, je peux t’assurer que tu l'auras. Tu pourras même récupérer ton coeur, en contrepartie.

Tout cela semblait trop beau. Mes sourcils se froncèrent.

- Pourquoi tu ne me l’as pas proposé au début ?

- Rappelle-toi de ce que tu m’as dit.

J’essayai, en vain. Devant mes efforts, la femme-enfant laissa échapper un soupir. Elle se mit alors à réciter d'un ton neutre :

- "Un travail impressionnant, une vraie place. Des amis, une famille... je ne veux plus être seul, plus jamais." C’était ça, ce que tu voulais.

Oui, c’était vrai. Je m’en souvenais à présent.

Le sourire de Mitsuko s’effaça, son regard se teinta de solennité.

- Tu ne m’as jamais demandé d’être heureux, Aaron. Je ne t'ai donc pas exaucé.

Je ne sus quoi dire. Soudainement, elle éclata de rire et se détourna, retournant à son rangement.

- C’est un adage qui se vérifie souvent dans mon métier : "formuler le souhait, avant de l’exiger."

Je voulus répliquer, mais elle me coupa la parole.

- Aide-moi à ranger.

Puis :

- Il faut qu’on s’active.

Et je l’aidai. Comme l’imbécile que j’étais.

***



Nous partîmes vers midi, emportant avec nous tout ce qui ne pouvait être laissé derrière. Le but de Mitsuko était d’atteindre les sommets, voir la neige qui ne fondait pas. Et cela se fit, au bout de quelques heures de marche. Nous étions haut, mais je ne l’avais pas remarqué. À croire que l’absence de coeur rendait moins observateur.

Nous ne parlâmes pas. Je n’en éprouvais pas le besoin et elle était-même se trouvait trop occupée à me guider. Lorsque ma semelle s’enfonça dans le manteau blanc éternel, je ressentis néanmoins une sensation étrange. Comme un bonheur d’être triste, une sérénité bouleversée.

- Tout va bien ?

J’avais alors hoché la tête, gorge nouée. Et elle avait ri, comme si tout cela était normal. Je ne la connaissais pas assez, à l’époque, pour savoir qu’elle avait le don d'évoluer parmi le chaos comme une carpe dans le courant. Ce que j’ignorais alors, c’était que je le saurai bien assez tôt.

Alors que la nuit menacer sérieusement de tomber, nous arrivâmes sur un petit plateau sur lequel semblait avoir poussé une cavité rocheuse qui semblait mener quelque part dans la montagne même. Ma guide s’y engouffra, me faisant signe de la suivre et nous nous enfonçâmes sous le sol neigeux.

Au bout d’une petite descente, Mitsuko s’arrêta et je l’imitai. Lorsque mes yeux purent s’habituer à l’obscurité ambiante, je pus enfin comprendre où nous étions.

C’était une pièce faite de parois rocheuses, grotte naturelle à laquelle on avait fixé des planches en bois en guise d’étagères. Et sur ses planches, des colliers, des bocaux, des bibelots et les éternelles bougies et lanternes - éteintes - qui ne semblaient jamais quitter l’enchanteresse. Cette dernière déposa ses sacs au sol, effectua une série de gestes complexes et le feu prit, déposant une flamme dans chaque bougie. Puis Mitsuko se dirigea vers une étagère, y saisit un pendentif dont la pierre - d’un rouge vif - pulsait. Elle le tendit devant moi.

- Tu vois ? C’est ainsi que je conserve les coeurs.

Le choix du bocal m’aurait semblé plus logique, mais il fallait bien l’avouer : je n'y connaissais rien en magie. Je n’ai donc rien dit, me contentant de soupeser la pierre brûlante.

- Ce n’est pas le mien, finis-je par dire. Elle acquiesça, puis, d’un geste étrangement pudique, écarta un pan de sa tunique.

Contre la peau fine de son cou reposait une pierre familière. Je sus aussitôt que c’était celle qui était associée à mon coeur.

- Je le garde toujours avec moi, dit-elle en abordant un délicat sourire. Puis elle s’avança vers moi, prit mes mains froides dans les siennes.

- Veux-tu que j’annule le sort, ici et maintenant ?

Un sourire. Comme si elle me proposait une dernière danse.

- Discutons d’abord des modalités.

Elle eut un petit rire de gorge, un rire de femme.

- Tu apprends vite.

Je ris à mon tour.

Et c’est ainsi que, lorsque minuit sonna, notre Pacte fut défait.
66. Snow ~ Le Pacte, quatrieme partie
La quatrième et avant-dernière partie de l'histoire d'un homme ordinaire et d'une petite sorcière. En espérant ne pas vous avoir perdus en cours de route, je vous souhaite une bonne lecture :heart:

Le prochain thème : Drum.

---
Soundtrack :
Joe Hisaishi - View Of Silence
Loading...
Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes. La sentence était resté imprimée dans mon esprit, accompagnée du souvenir de la baie vitrée éclatée, des formes sombres et jappantes dans la nuit. Le lendemain, on crut à un cambriolage et je ne dis rien. Officiellement, je dormais auprès de ma femme et mes enfants. Officiellement, je n’avais rien à voir avec tout cela. La détermination pourtant si forte que j’avais ressenti s’était évanouie avec l’aube.

Je ne me rendis pas dans les Montagnes. J’aurais pu le faire pourtant, mais c’était comme si ma volonté avait disparu. Ma condition n’était pas si terrible, mon mal n’en était peut-être pas un. Je relativisai donc, faisant des mois durant comme s’il n’en était rien. Mais depuis mon bureau, la vue des sommets était inévitable. À chaque fois que mon regard les effleurait, les mots de la fugitive se répercutaient entre les parois de mon crâne.

Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes.

Peut-être avait-elle été attrapée. Peut-être ne m’attendait-elle plus. Je tentais de me le répéter pour éviter de devoir m’y rendre, conscient que je risquais de m’y attirer des ennuis qui me dépasseraient, me submergeraient. Je tentai d’ignorer son Appel, en vain.

Il y eut Rupture.

Le mot fut passé, l’absence gérée. Le Boss voulait sa semaine, personne ne pouvait l’en empêcher. Trouver une raison à ma famille fut plus compliqué, mais cela se fit : j’étais déterminé. Pour eux, j’étais en voyage d’affaires. Pour l’entreprise, quelque part en bord de mer. Ni l’un ni l’autre ne connaissaient ma véritable destination. Et c’était sans doute mieux ainsi : je ne partais pas forcément avec l’intention que l’on me retrouve.

Les Montagnes, situées au nord de la cité, étaient si sauvages que personne n’y vivait. Ou plutôt, un nombre insignifiants d’ermites et autres reclus. J’ai pris les transports en commun jusqu’au terminus, près du versant. Mais je n’ai pas suivi le chemin forestier. Au contraire, j’ai coupé à travers les bois.

Je savais que Mitsuko ne se montrerait à moi que si je restais seul.

Les jours passèrent. Bien que je ne sois pas habitué à la vie au grand air, trouver mes repères ne me fut pas difficile. J’avais une tente, un réchaud, des provisions et un téléphone que je n’allumais jamais. Je me sentais hors du monde. Étrangement, cela me suffisait.

Un soir, il plut beaucoup. Je n’aurais su dire lequel, je commençais à perdre le compte du temps. La pluie était trop forte, je décidai de troquer ma tente pour une caverne. Lorsqu’en j’en trouvai enfin une, je m’y écroulai et frissonnai tout le temps que dura mon sommeil. Ce fut une flamme qui me réveilla, une petite flamme vacillante qui dansait devant mes yeux.

- Tiens, tu t’es réveillé.

Le ton plus que la voix m’était familier. Me redressant, je parvins à m’asseoir et, à la lueur d’une lanterne qu’elle devait sans doute avoir apporté, fixai Mitsuko dans les yeux. La peau de son visage avait pâli, s’était creusée et son sourire s’était nimbé de fatigue. Je voulus lui répondre mais une quinte de toux m’en empêcha.

- Là, là, fit-elle en m’ébouriffant le haut du crâne. Tu as bien failli attraper la fièvre ce soir.

- Je suis arrivé ? Ai-je fini par réussir à lui demander, d'une voix pâteuse. Un éclat tendre passa dans son regard.

- Non. Plus haut.

Un éclat grave passa dans son regard.

- Et je t’attends. Dépêche-toi.

Sur ces mots, une grande vague de fatigue m’envahit et je me rendormis. Lorsque je me réveillai, j’étais seul.

Je repris mon ascension.

Je n’avais aucune idée de comment la chercher, où la trouver. Mais je ne me décourageai pas, m’enfonçant sans crainte à travers une nature de plus en plus sauvage, de plus en plus hostile. Sur mon chemin, les arbres se resserraient, la forêt se faisait dense et le relief escarpé. Mais je montais, je ne cessais de monter. J’avais avec moi de quoi survivre encore quelques jours, même si je mangeais moins. Mes pensées, au fur et à mesure que je croyais m’approcher, se faisaient de moins en moins complexes, je devenais Animal motivé par la poursuite d’une femme-enfant inhumaine.

À plusieurs reprises, je crus percevoir autour de moi la présence d’Autres. Leurs ombres parfois semblaient filer contre la toile de ma tente mais jamais ils ne s’arrêtèrent. Eux aussi la cherchaient, je pouvais le sentir, le deviner.

Il y eut encore une nuit, une aube et un crépuscule. Alors que s’achevaient deux semaines dans la ville, je découvris sa demeure.

C’était un temple désaffecté, entouré de lanternes et de carillons qui tintaient dans le vent. Passant la porte entrouverte, je la trouvai allongée, sommeillant au milieu d’un océan de bougies allumées. Elle ouvrit les yeux alors que je posai mon sac au sol, m’adressa un sourire ensommeillé.

- Je savais que tu finirais par venir.

- Je ne le voulais pas.

Elle se releva, sembla hésiter sur l’attitude à avoir puis finit par hausser les épaules, désignant la paillasse en face de la sienne.

- Viens t’asseoir.

Je m’exécutai, tentant de n’éteindre aucune bougie sur mon passage. Elle me fixa quelques instants, secoua la tête. Elle était pareille que dans ma vision, bien plus démunie que lorsque nous avions conclu le Pacte. Pourtant je n'hésitai pas.

- Tu m’as menti.

Je l’accusai sans même vraiment être en colère et elle ne cilla pas, sans doute aussi lasse que moi.

- Je ne vois pas en quoi. Me répondit-elle d’une voix posée. Elle baissa les yeux, contemplant la lueur de trois flammes vacillantes entre nous. Quant à moi, j’étais incapable de me détacher de son visage, de ses cils rendus immenses par la pénombre. Je cherchai son regard en vain. Elle refusait de me regarder.

Alors que je voulais protester, elle reprit :

- Je t’ai donné tout ce que tu m’avais demandé. Emploi, amour, argent, reconnaissance. Tout. Sans exception.

Il y eut un frémissement parmi les flammèches, comme un petit courant. Je sentis mes poings se crisper, des larmes vaines rouler le long de mes joues. J’étais fatigué, tellement fatigué.

Elle replongea son regard dans le mien, et la puissance de la colère qui y vibrait me paralysa. Je restai immobile, oubliant même de respirer alors que ses yeux happaient les miens, nous clouant l’un à l’autre.

- Réfléchis trois secondes, Aaron. Je sais très bien que tu n’en dors pas la nuit, que tu as honte de ne pas être heureux. Mais je n’y suis pour rien. Je n’ai fait que t’offrir ce que tu m’as demandé.

- Tu m’as pris mon coeur !!

Cela avait été plus fort que moi, j’avais hurlé comme un animal blessé.

Surprise sans doute que je me débatte, elle se figea. Je continuais de pleurer sans bruit, sans même le sentir, malade d’être encore un raté, de n’avoir jamais changé.

- Tu me l’as dit pourtant, que je pourrais être heureux sans... alors pourquoi est-ce que je ne le suis pas ? Pourquoi est-ce que mes émotions sont devenues aussi faibles ?

Il y eut un silence lourd, ponctué par le son des clochettes. Puis, le visage marqué d’une expression honteuse que je ne lui connaissais pas, Mitsuko passa les bras autour d’elle-même. Elle frissonna, baissa les yeux.

- Parce que le coeur est siège des émotions, voilà pourquoi. Parce qu'on a rien sans rien, que ta demande ne pouvait avoir... qu'un prix élevé.

Sa voix était éteinte. Devant son expression, ses tremblements, je ne parvins plus à m’énerver. Embarrassé, je détournai le regard, voulus stupidement changer de sujet.

- Pourquoi tant de bougies ?

- La lumière me nourrit.

Elle avait évacué la question comme si sa réponse était on ne peut plus ordinaire. Et je ne répondis rien, incapable de savoir comment réagir. Et à nouveau le silence s’établit, à nouveau le vide se fit entre nous. Pris dans mes pensées rudimentaires et blessées, je sursautai lorsque sa voix résonna à nouveau.

- J’ai froid.

- Moi aussi.

Elle sourit, se leva en chancelant.

- Attends-moi là.

Elle disparut à l’arrière de la salle, revint une minute plus tard les bras chargés de couvertures.

- Je te propose qu’on dorme. On reparlera de tout ça demain.

Je hochai tout d’abord la tête, m’emparant de l’épais drap qu’elle me tendait. Bien qu’à l’abandon, les lieux ne semblaient pas insalubre. Il s’en dégageait juste une tristesse latente, qui s’infiltrait sous le crâne comme pour mieux coller à l'âme.

Elle voulut s’allonger, s’étonna que je ne fasse pas de même. En silence, j’allai m’asseoir dos à l’autel près duquel nous nous trouvions, faisant ainsi face aux imposantes portes d’entrée.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Je surveille.

Elle sembla surprise, puis de la reconnaissance illumina ses prunelles. Elle renifla, tout aussi pathétique que je l’étais. Puis, sans rien dire, elle trotta vers moi et vint s’asseoir à mes côtés. À cet instant, elle n’avait plus rien de la femme que je croyais qu'elle était.

- Bonne nuit, Aaron.

- Bonne nuit, Mitsuko.

Elle eut un geste et une partie des bougies qui nous entouraient s’éteignirent. Les minutes défilèrent, paisibles comme l’Océan après la tempête.

Puis un dernier échange.

- Je suis désolée. Je croyais que tu pourrais être heureux sans un coeur.

Je pris mon temps pour murmurer en retour :

- C’est pas grave.

Son corps menu vint se blottir contre mon flanc. Elle répliqua :

- Certaines choses sont taboues, dans mon milieu. Interdites. Les clauses de notre Pacte en font partie.

- Parce que ce n’est pas juste ?

- Parce que cela ne se fait pas.

Un temps.

- C’est pour ça que tu es poursuivie ?

Je crus qu’elle n’allait pas me répondre.

- ... oui.

Un hibou hulula, à l’extérieur. Elle sembla en sourire.

- Tu es courageuse.

- Et toi, tu es stupide.

Sa voix se fana, sa respiration se modifia. Elle s’était endormie. Je finis par faire de même, longtemps après.

Quand je me réveillai, elle était dans mes bras.
66. Snow ~ Le Pacte, troisieme partie
Et l'aventure se poursuit, les relations se modifient sans cesse. 

J'espère pouvoir publier la suite du Pacte bientôt, si mon emploi du temps me le permet. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture.

Le prochain thème : Drum.
Loading...
Les mois avaient passé, depuis le Pacte. Les mois s’étaient écoulés, ma vie avait changé. Tout sembla me tomber dans les bras : femme, enfants, reconnaissance, argent. Moi qui n’étais pas utile à la société, je me retrouvai bientôt à la tête d’une compagnie et mon bureau donnait sur la ville. Je n’étais pas égoïste pour autant, j’avais pour principe de donner aux bonnes oeuvres et je le faisais. J’épousai peu après la femme qui tomba amoureuse de moi la première, une blonde au regard pétillant. Nous eûmes un enfant, un petit garçon nommé David. Et depuis peu, une petite fille grandissait dans son ventre.

J’avais tout voulu, j’avais tout eu. Ma vie était un chef d’oeuvre de perfection, j’avais de nouveau tout ce qu’il me fallait... ou presque.

Depuis le Pacte, je ne dormais plus. Et si ce n’était pas un problème en soi, je savais que la raison de mes insomnies en était un et pas des moindres. Mais je la fuyais, je faisais exprès de l’ignorer. Je partais en voyage, signais les contrats. Tout pour échapper aux conséquences qui me couraient après, tout pour ne pas voir que, au final, j’avais fait le mauvais choix.

Il était trois heures du matin lorsque la responsable de ma nouvelle existence m’avait rejoint dans mon bureau. Je l’avais convoquée comme on convoque un employé, usant de la carte de visite qu’elle m’avait laissé. Elle avait décroché immédiatement, fraîche comme si jamais elle ne dormait.

- Oui ?

- C’est Aaron. Il faut qu’on parle du Pac-

- J’arrive.

Elle était donc arrivée, très vite. Je l’attendis devant l’ascenseur, observant les chiffres s’affoler alors qu’elle se rapprochait de moi, au sommet du building.

Lorsque les portes s’ouvrirent, elle me sauta au cou. Ne sachant trop comment réagir, je la pris un peu maladroitement dans mes bras. Elle sentait la cendre, la cannelle et une autre chose que je ne savais définir.

- C’est bon de te revoir. Avait-elle dit de sa voix entre deux âges. J’avais hoché la tête, elle s’était détachée de moi, m’avait contemplé. Tu as meilleure mine.

- Sans doute.

Comme si cela avait mis fin à la conversation, elle avait commencé à déambuler dans le bureau, s’approchant de l’immense baie vitrée depuis laquelle je pouvais contempler la ville entière et les montagnes au loin.

- Quelle magnifique vue.

- Je devrais te remercier pour ça...

- Mais tu ne vas pas le faire.

Elle s’était retournée, avait posé son regard perçant sur moi et pris place à mon bureau, sur le siège que j’occupais actuellement.

- Tu ne m’as pas appelée pour me dire merci, je le sens bien. Alors dis-moi ce qui se passe ?

À nouveau elle s’était mise en position de force. Et je l’avais laissé faire, tant l’autorité, la maîtrise de cette fille semblait naturelle. Et puis, elle m’avait sauvé.

Je voulus ouvrir la bouche, mais il y eut un bruit, dans l’ascenseur. Les yeux de Mitsuko - car c’était le nom qu’elle m’avait donné - s’écarquillèrent. Elle soupira.

- Je me disais bien que je n’aurais pas le temps de discuter...

- De quoi tu parles ?

Il y eut un nouveau choc. Un bruit métallique, à glacer le sang. Je me levai, elle fit de même mais son regard happa le mien, m’empêchant de me retourner.

- J’ai eu... quelques ennuis, récemment. J’étais en train de déménager quand tu m’as appelé, j’ai cru que je pourrais régler ton problème au passage, mais... ils ont été plus rapides.

- Qui ça ?

Avec une rapidité inhumaine, elle bondit sur le bureau, me saisit la tête entre ses deux mains.

- Ce n’est pas important. Écoute-moi bien.

Les bruits se multiplièrent, se rapprochèrent. Mitsuko posa son front contre le mien.

- Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes. En attendant, je vais faire en sorte qu’ils ne te touchent pas.

Sur ces mots fiévreux, elle m’embrassa sur le front et me repoussa brutalement, me forçant à me rasseoir. Aussitôt, ma peau se mit à luire et je sentis une chaleur étrange mais rassurante pulser à travers mes cellules.

- Ferme les yeux.

Je m’exécutai. Une sourde angoisse s’était emparée de moi, je sentais que ce qui se rapprochait était dangereux, trop dangereux pour que je puisse le combattre.

- Tu ne pourras les rouvrir que lorsque tu seras seul.

Durant une seconde, je n’entendis plus rien. Puis un bruit de cristal transperça mes tympans alors qu’une pluie de verre s’abattait sur moi. Je me recroquevillai sur mon siège alors que je sentais des formes étranges, dures comme du roc frôler mes épaules et mes jambes, toutes en direction de l’extérieur. Il y eut quelques cris, entre exclamations et jappements... puis le silence.

Je sentais que j’étais seul et je l’étais en effet.

Lorsque je rouvris mes paupières, la lumière avait quitté mon corps mais ce n’était pas le plus flagrant : la baie vitrée avait volé en éclat, comme si elle avait été transpercée par une dizaine de corps. Le vent glacé de l’extérieur s’était engouffré dans mon bureau, me laissant effrayé et tremblant. Et en-dessous, la ville continuait de vivre, d’être constamment en mouvement, en changement.

Seules les montagnes, au loin, semblaient immuables. En dirigeant mon regard vers elle, je sentis alors un sentiment étrange, un appel déchirant de leur part, de sa part. La traque avait commencé, je pouvais le ressentir dans mes veines. Il fallait que je la trouve avant que les Autres ne le fassent, tant pour moi que pour elle. Après tout, nous avions un Pacte à briser.

Ma décision fut prise avant même que l’aube ne surgisse.
66. Snow ~ Le Pacte, deuxieme partie
La suite des aventures d'Aaron et de Mitsuko (puisqu'ils risquent de ne pas me quitter avant un moment, j'ai préféré leur donner des noms).

En espérant qu'elle vous plaira ! :heart:

Le prochain thème : Drum.

---
Soundtrack :
David Sylvian - World Citizen (I Won't Be Disappointed)
Loading...
Pour raisons liées à mon boulot, je ne publierai mon nouveau texte que demain ! Merci de votre patience et désolée.
  • Listening to: Shaka Ponk - Time Has Come
  • Drinking: Dr. Pepper
Bonjour à tous.

Cela fait depuis quelques temps que je ne suis plus parmi vous. Les études, la plongée en eaux troubles ainsi qu'une trop grande dispersion m'ont aspirée, me faisant oublier le challenge que je m'étais, alors, promise de compléter. Je n'ai pas envie de m'étaler plus sur les raisons de mon absence, sachez simplement qu'elle a assez duré. Désormais, je posterais un nouveau texte tous les deux samedis (voire entre deux lorsque l'inspiration s'y prêtera), suivant les règles du 100 Themes Challenge ou d'autres idées plus sauvages, au gré de mon imagination.

Ma prochaine création paraîtra donc le samedi 28 mars, jour de ma naissance Meow :3 

En espérant parvenir à toujours susciter de l'émotion en vous par mes mots, je vous donne rendez-vous samedi prochain !

Avec affection,
Elore Heart 
  • Mood: dA Love
  • Listening to: Ed Sheehan - I See Fire
  • Drinking: Water

AdCast - Ads from the Community

Comments


Add a Comment:
 
:iconwho-died:
Who-Died Featured By Owner Mar 17, 2015
A very late thank you for the watch! 
Reply
:iconcanibal-powa:
Canibal-powa Featured By Owner Oct 31, 2014  Hobbyist Digital Artist
Merci pour le fav'!

Et Joyeux Halloween!
Reply
:iconnarimal:
Narimal Featured By Owner Oct 7, 2014  Hobbyist General Artist
This is kinda late but awhile back you gave me a favorite and I wanted to express my appreciation, 
so thank you. Love 
Reply
:iconjanewoolf:
JaneWoolf Featured By Owner Aug 29, 2014  Student Photographer
meow for the fav. :hug:
www.facebook.com/woolf.j
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Digital Artist
Coucou tu as quel age Elore?
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Writer
21 ans. C'est une information que tu peux trouver sur ma page Facebook.
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Jul 29, 2014  Hobbyist Digital Artist

 Bonjour,

Si tu cherches à faire de nouvelle rencontre moi je ne demande qu'a enrichir ma vie par divers connaissance et ai soif d'échange en tout genre.

Ce message peut paraitre un peu bizarre mais je trouve que ce genre de site est le meilleur moyen de rencontrer des gens qui ont le même gout pour l’art et le dessin que moi.

J’y ai même trouvé l’amour par un hasard incroyable d’un p’tit com sur l’un de mes dessins  amour perdu depuis lors =(

Si ce message a éveillé ta curiosité 

voici mon Skype :   fooxx1986

Je serais ravie de discuter avec toi et faire plus ample connaissance. Et te souhaite une bonne journée ou soirée peut-être à une prochaine.

 

PS

Je fais un copié collé de ce message j’envois ça aux pros comme aux amateurs

(J'peux même donner des cours de dessin sur logiciel par Skype si tu es intéressé par se que je fais.)

Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 8, 2014  Hobbyist Writer
Bonsoir fooxd,

J'ai apprécié de lire ton message et je dois dire que j'ai été intriguée par son contenu. Hélas, je fais partie de l'espère des introvertis et ma vie est actuellement saturée de contacts sociaux, bien plus qu'il ne m'en faut. Je vais réfléchir à ta proposition, peut-être trouverais-je le courage de te parler mais au vu de mon caractère et de mon goût pour la solitude, rien n'est moins sûr.

En te souhaitant une bonne soirée,
Elore
Reply
:iconkatsuyko:
Katsuyko Featured By Owner Jun 17, 2014  Hobbyist General Artist
Eh petit esprit, es-tu toujours parmi nous? D:
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Jul 5, 2014  Hobbyist Writer
Oui :3
Reply
Add a Comment: