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About Literature / Hobbyist EloreFemale/Switzerland Recent Activity
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EloreCohlt's Profile Picture
EloreCohlt
Elore
Artist | Hobbyist | Literature
Switzerland
Je m'appelle Elore Cohlt, j'ai commencé à écrire il y a environ 10 ans, parce que le chaos qui stagnait dans ma tête avait besoin de prendre l'air.

Tout d'abord acclamée dans l'univers des blogs puis des forums rpg, je me suis arrêtée d'écrire car je n'aimais pas ce style impersonnel et hypertrophié qui était le mien.
Puis j'ai recommencé.
A écrire mieux. Presque bien.
Mes idées trouvèrent enfin un catalyseur, mes mots trouvèrent des yeux, grâce à ces auteurs à la plume bien plus fine et élégante que la mienne. Cela fait maintenant 5 ans qu'il m'arrive d'écrire bien et je dois avouer que c'en devient inquiétant.

Cet espace a été crée pour regrouper mes divers billets, essais, textes réussis ou autres. Soyez les bienvenus.
Interests

Activity


Écrire, c’est couper. Trancher dans l’esprit, faire des choix radicaux. Couper les distractions pour mieux puiser et se replier en soi. Se pencher au bord de la bouche, plonger le seau dans la gorge et tout droit jusqu’au coeur pour voir de quoi il est fait. Écrire, c’est tâter l’intérieur, vérifier l’état. C’est solitaire, égoïste : c’est éteindre les écrans, faire taire les amis. Rester seul face à ses démons et les embrasser sans retenue, tuer les artifices.

Écrire, c’est se livrer. C’est s’allonger, s’écarteler l’âme pour en offrir les coutures au monde. C’est briser les barrières pour se faire vrai. Par amour des mots, même si c’est dur de s’exposer. C’est montrer la facette la plus sincère, livrer le coeur en pâture. C’est dompter les émotions, les canaliser pour faire surgir quelque chose du néant. C’est vivre tout plus intensément, transmettre au mieux les sentiments.

Écrire, c’est entendre. Jouer, composer avec les sons. Se faire voix haute, conter. Que la lecture soit comme un chant, que rien ne soit haché. C’est se faire orfèvre, minutieux et pénible, c’est hésiter deux heures pour enlever une virgule...

... et deux heures encore pour la rajouter.

Écrire, c’est saigner. C’est hurler, contrôler l’orage pour le diriger. En faire une flèche à deux tête, une arme qui détruit et respire. C’est viser le lecteur, communiquer. C’est tendre son orage intérieur et le lâcher, droit dans l’esprit et droit au coeur. C’est toucher, changer en profondeur. Se guérir ou se blesser pour que jamais un mot ne soit au hasard, que tout serve à étendre l’archée. C’est brutal et précieux, salvateur et meurtrier. C’est dehors et dedans, c’est tout et rien. C’est sortir de soi et c’est y rester. S’offrir et se garder. Que chaque mot serve au but de changer ceux qui s’attardent.

Ne plus faire Beau mais aussi faire Vrai. C’est simple et compliqué. Et surtout, surtout...

Écrire, c’est vivre.

Juste un peu plus fort.
En soi
A la question "Que se passe-t-il en vous au moment d'écrire ?", telle fut ma réponse.

Bonne lecture !  :meow:
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Elle est encore là.

Je ne sais pas à quoi d’autre j’aurais pu m’attendre, honnêtement, alors que je me tenais devant la porte en comptant jusqu’à cent. L’unique salle de bain de mon appartement ne contient qu’une seule fenêtre, trop petite pour laisser passer quiconque.

Lorsque je suis rentré dans la pièce, mes chaussons ont fait craquer le givre qui recouvrait le carrelage. Je vois les paupières de mon invitée, sans doute réveillée par mon intrusion, se soulever avec un petit son de verre fissuré. Sa tête se tourne vers moi, ses yeux d’une intelligence et d’une pâleur effrayante me fixent avec intensité.

Je me sens toujours un peu bête en face d’elle. Toujours de trop, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Je me racle la gorge, sourit gauchement.

- Ça va ?

Je me sens toujours un peu simple, avec mes banalités.

Elle dodeline de la tête, prend son temps avant de ne serait-ce que considérer ma question. Ses lèvres sont bleues, veinées comme sa peau fine de papier glacé, quasi-transparente. Elle me fixe, mais ses yeux regardent au-delà - j’imagine qu’elle est en train de se réveiller vraiment. Ce n’est pas la première fois qu’elle me traverse ainsi, semblant oublier même jusqu’à ma présence. J’avais un chat, qui faisait pareil et fixait des choses que je ne pouvais voir. Je ne le revois plus : il a fui lorsque je l’ai installée dans la baignoire.

Lorsqu’elle revient à elle - à moi - ses bras craquelés sortent de l’eau pour se tendre vers moi.

- J’ai chaud.

Elle a une voix rauque, chargée de cristaux et d’éclats. Et quand elle parle, de la buée s’échappe dans l’air froid. Je crois qu’objectivement, elle doit être terrifiante. Objectivement, car ce n’est pas ce que je vois.

À travers la glace, à travers le froid, je vois l’être. Je vois les émotions qui tourbillonnent, la détresse et la solitude. Et lorsqu’elle me tend les bras ainsi, j’ai envie de répondre. De la rejoindre, de la serrer fort mais pas trop pour ne pas la casser.

J’aimerais tant être assez fou pour m’y risquer.

Je ne le suis pas et à la place, je hoche la tête. Ma gorge se noue quand je lui réplique :

- Je vais voir ce que je peux faire.

Quand je referme la porte, je la sens s’agiter. J’essaie de ne pas y prêter attention, de traverser l’appartement. Ramassant un seau en plastique sous le lavabo de la cuisine, j’y jette plusieurs bac à glaçons pleins, tirés du congelo. J’en ai racheté, depuis son arrivée.

Lorsque je reviens, elle m’accueille avec un sourire. Au fur et à mesure que je m’approche d’elle, l’air se refroidit. Je m’immobilise au pied de la baignoire, prend le ton que j’adopterais pour parler à une petite fille.

- Tu ne vas pas me toucher, hein ?

Elle se tourne sur le côté, agrippant les rebords blancs avec ses mains palmées. En lieu et place de réponse, sa nageoire irisée vient battre l’eau, m’envoyant des gouttelettes froides à la figure. Elle me fixe avec de grands yeux : j’imagine que cela lui suffit peut-être. Mais il s’agit de ma survie alors je reste inflexible.

- Promets-moi.

Elle fait la moue, hésite quelques secondes puis laisse échapper un "promis" de sa voix grondante. Alors je m’assieds sur le rebord et - posant le seau sur mes genoux, entreprend de faire tomber les glaçons dans l’eau du bain. La créature me sourit, ondulant faiblement en signe de contentement. Je reste concentré, la surveillant du coin de l’oeil. Parfois, les glaçons me brûlent les doigts mais c’est supportable tant que je reste déterminé. Le froid de la pièce, par contre, commence à me faire grelotter.

Elle en rit. Je m’arrête.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Tes dents. Elles font clac-clac.

Je ris un peu tout en tremblant et c’est pathétique mais elle s’en fiche. C’est peut-être aussi cela, que j’aime chez elle : elle n’est pas du même monde, de la même espèce. Je peux être moi, être minable sans complexe avec elle parce qu’avant d’être misérable humain, je suis celui qui l’a sauvée.

- Ça va mieux ?

Elle s’étire, fait oui de la tête. Au moindre de ses gestes, sa peau se craquelle, comme prête à se briser.

- Tu veux plus d’eau ?

Un autre signe : ça a l’air d’aller. J’ai trop froid, je lui explique doucement que je vais la laisser. Elle n’est pas très contente mais finit par l’accepter.

Quand je quitte la pièce, mon petit seau plein de bacs à glaçons vides en main, j’entends la glace qui se presse contre la porte que je referme.

Cela ne fait pas très longtemps que je l’ai trouvée, agonisant sur les rochers de la crique, suffocante, la peau pelée et couverte de cloques. Elle ne m’a jamais dit d’où elle venait, ce qu’elle faisait là : elle n’a jamais eu besoin de le dire pour que je la sauve. Il lui a suffi de tendre ses bras bouillants vers moi, d’appeler à l’aide pour que je l’emmène, moi qui n’ai jamais rien fait d’extraordinaire de ma vie, moi l’homme à l’existence si discrète que même mes parents parfois l’oubliaient.

J’aurais aimé dire que ma vie a changé du tout au tout, mais ce ne serait pas tout à fait vrai : en surface elle est restée la même. Je suis resté pêcheur, vivant dans la même ville portuaire accablée par la chaleur. Les rares qui me remarquaient parfois dans leurs décors me complimentèrent sur ma bonne mine alors que je me réveillais plusieurs fois dans la nuit pour vérifier que ma locataire allait bien. Cette dernière, vivant dans une pièce que sa seule présence refroidissait, avait vite retrouvé ses facultés alors que je suivais ses instructions, lui créant l’espace humide et glacé dont elle avait besoin pour survivre. Je ne la vis qu’une fois pleurer : le jour où je la retrouvai  en compagnie du chien fugueur des voisins, mort dans ses bras, gelé par son simple contact. Je me souviens l’avoir jeté dans l’Océan et glissé de l’argent dans la boîte aux lettres de ses propriétaires : succession de réflexes stupides de celui qui ne sait quoi faire.

Parfois, elle chante. Et à chaque fois que cela arrive, je lâche ce que je tiens et mes forces me quittent. À chaque fois, mes yeux cascadent et je suis forcé de m’asseoir. À chaque fois son chant me tue et j’en ressors avec le sourire. Je n’ai jamais rien entendu de plus beau ni de plus vrai.

Elle n’a pas l’ennui facile, elle dort beaucoup à vrai dire. Elle mange de tout, gobant parfois les insectes qui, attirés par la fraîcheur, parviennent à se frayer un chemin jusqu’à sa pièce. Ce qu’elle préfère, c’est la viande crue. Quand je lui en amène, l’eau dans laquelle elle se baigne devient rouge et cela la fascine à tel point qu’elle oublie tout ce qui n’est pas le liquide écarlate qui tranche sur le nacre de ses écailles et sa peau froide.

Je ne sais toujours pas d’où elle vient ni son nom, mais j’appris d’autres choses avec le temps. Je sais qu’elle aime les romans policiers, qu’elle dévore pour ensuite m’assommer de questions lorsque je viens les récupérer. Je sais aussi qu’elle adore les livres d’images et les sitcoms stupides que nous regardons ensemble quand j’enfile un anorak et amène mon ordinateur portable dans la pièce. Je sais aussi qu’elle rêve de m’embrasser - elle me le dit régulièrement, le chante même parfois. Mais elle a peur de me tuer alors elle se retient. Je sais que cela la rend triste. J’aimerais être assez mort pour m’y risquer.

Ma vie n’a en surface pas changé. Un jour, j’ai enfilé des moufles pour lui passer un bracelet d’argent autour du poignet - un anneau n’aurait pas convenu à ses mains palmées. C’est ainsi que nous nous sommes mariés dans le plus officieux secret. Et comme lune de miel, j’ai enfilé une combinaison de ski ridicule - la seule que j’avais - pour la porter jusqu’au balcon et regarder ensemble le soleil.

Je sais qu’à ce moment-là, elle n’y a plus tenu.

Serrée dans mes bras, elle a approché ses lèvres bleues de ma joue et - alors que sa peau commençait déjà à peler - y a déposé un baiser.

Un frisson me traversa. Un seul.

La seconde d’après, je riais aux éclats et elle pleurait de joie.
Nymphea
Un texte que j'ai écrit en réponse à un défi. Il s'agissait de faire oublier la canicule, de se montrer rafraîchissant. J'ai essayé.

Soundtrack : Nick Cave And The Bad Seeds - Mermaids 
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La neige tombe sur la ville depuis des jours. Au milieu des immeubles grisâtres et recouverts de blanc, les dernières silhouettes de passants empressées se dépêchent de rentrer auprès des leurs pour fêter le réveillon. Et c’est ainsi que les rues se vident doucement, comme le sang hors des veines.

Au milieu des rues sales de neige, un homme à l’allure ordinaire qui fut chien, qui fut celui qui tint la ville entre ses mains. Ses habits sont plus sales, ses cheveux plus crasseux que jamais. Les rares badauds sur son chemin s’écartent par principe mais sans réelles conviction.

Il y a, sur le visage de cet homme à l’allure ordinaire, le plus beau sourire du monde.

Et il chante, Aaron. Il chantonne en repensant à elle, il se sent pousser des ailes, joue dans la neige avec les enfants. Entre ses poumons, il y a un petit coeur qui bat très doucement comme un oiseau qui se débat, plus fort lorsqu’il se remémore son visage. Derrière ses côtes le petit organe ne cesse de battre, de répandre le sang vivant. Et lui se sent heureux, plus heureux que jamais.

Son coeur, la magicienne ne le lui rendit pas. Pas entièrement, du moins. Mais c’était là la contrepartie, le prix de son bonheur : qu’il lui appartienne. Entièrement.

Mitsuko était sans doute criminelle, mais ses sorts étaient efficaces. Alors qu’il s’étale dans la neige et rit, la tête dans les étoiles, Aaron s’en fait la constatation béate. Le secret de son rire éclatant se devinent de ceux qui savent. Ceux qui ont été comme lui.

Il est tombé amoureux, l’homme changé.

Amoureux d’une petite fée.
66. Snow ~ Le Pacte, epilogue
La dernière partie de l'épopée, le point final.

J'espère que leur histoire vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser vos avis, je ne mords pas :heart: et bonne lecture !

Le prochain thème : Drum.

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Soundtrack :
Charlélie Couture - M'enfermer avec toi
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Le soleil se leva peu après mon réveil. Seul dans un temple abandonné avec, serrée contre moi, une ensorceleuse qui s’était jouée de moi, je regardai la lumière du jour filtrer à travers les portes et briser la pénombre de la pièce. Dans mes bras, Mitsuko respirait avec lenteur. Elle était parfois prise d’un frisson mais son sommeil - cela mis à part - demeurait paisible. Elle finit par s’éveiller à son tour, m’adressant un sourire un peu surpris, un peu penaud. Aucun de nous ne parla cependant. Comme si les lieux imposaient le silence.

Toujours sans rien dire, elle se leva et se mit à ranger les bougies éteintes. Ce fut sa voix qui brisa - en premier - la tranquillité des lieux.

- Mon travail, comme celui de beaucoup des miens, est simple. Nous usons de nos dons pour conclure des marchés, faire fonctionner le commerce.

Je hochai la tête, réalisai qu’elle ne pouvait me voir et laissa échapper un vague grognement d’approbation. Même lors de ma seconde vie, je n’avais jamais été du matin.

- Cependant, il existe des lois concernant ces pactes. Des lois strictes, des interdictions.

Un très bref temps. Après avoir rangé la plupart des bougies dans un sac, Mitsuko se redressa et m’adressa un regard.

- Prendre le coeur d’un client est l’une d’entre elles.

Comme si mon corps plus que mon esprit réagissait à ses paroles, je sentis un sentiment étrange pincer l'espace entre mes deux poumons. Machinalement, je portai la main à mon torse qui ne pulsait plus depuis la conclusion du pacte. Mon hôtesse poursuivit :

- Les choses qui ont fracassé la baie vitrée de ton bureau m’ont été envoyées pour me punir de ma désobéissance.

- C’est une sorte de police, donc ? Si je comprends bien ?

Elle acquiesça, se concentrant à nouveau sur son rangement comme si nous ne parlions de rien d'important. Sa nonchalance avait quelque chose de terrible, de déchirant. 
Même pour un sans-coeur comme moi.

Le silence s’installa, s’étendit entre nous. Je me levai, pris vaguement conscience d’avoir froid et entreprit de l’aider dans sa tâche. Dehors, les oiseaux chantaient comme pour célébrer l’avènement de l’hiver. Pris soudain d’un élan d’agacement, je secouai la tête.

- Tu les fuis ?

Elle haussa les épaules, éteignit d’un geste la flamme de plusieurs bougies.

- Oui.

Je la fixai avec insistance. Elle sembla le sentir, répliqua :

- Ils sont peut-être déterminés, mais pas autant que moi.

Sa voix tremblait légèrement. Elle laissa soudain tomber son sac et se rapprocha, plantant son regard fiévreux dans le mien.

- Je ne me laisserai pas avoir, Aaron. Pas vivante.

Elle était loin, l’enchanteresse qui avait souri de mon infortune et m'avait contemplé comme si j'étais un prix. Dépouillée de cette insupportable arrogance qu’elle abordait en ville, je la trouvai bien plus belle.

Je souris et Mitsuko plaqua sa main contre mon épaule, s’y agrippant avec fermeté.

- Je ne peux pas défaire un sort aussi puissant. Mais je peux te proposer un arrangement.

C’était pour cela que j’étais venu. J’imagine que quelque chose dut briller dans mes yeux car elle reprit, souriant à son tour :

- Si tu veux le bonheur, je peux t’assurer que tu l'auras. Tu pourras même récupérer ton coeur, en contrepartie.

Tout cela semblait trop beau. Mes sourcils se froncèrent.

- Pourquoi tu ne me l’as pas proposé au début ?

- Rappelle-toi de ce que tu m’as dit.

J’essayai, en vain. Devant mes efforts, la femme-enfant laissa échapper un soupir. Elle se mit alors à réciter d'un ton neutre :

- "Un travail impressionnant, une vraie place. Des amis, une famille... je ne veux plus être seul, plus jamais." C’était ça, ce que tu voulais.

Oui, c’était vrai. Je m’en souvenais à présent.

Le sourire de Mitsuko s’effaça, son regard se teinta de solennité.

- Tu ne m’as jamais demandé d’être heureux, Aaron. Je ne t'ai donc pas exaucé.

Je ne sus quoi dire. Soudainement, elle éclata de rire et se détourna, retournant à son rangement.

- C’est un adage qui se vérifie souvent dans mon métier : "formuler le souhait, avant de l’exiger."

Je voulus répliquer, mais elle me coupa la parole.

- Aide-moi à ranger.

Puis :

- Il faut qu’on s’active.

Et je l’aidai. Comme l’imbécile que j’étais.

***



Nous partîmes vers midi, emportant avec nous tout ce qui ne pouvait être laissé derrière. Le but de Mitsuko était d’atteindre les sommets, voir la neige qui ne fondait pas. Et cela se fit, au bout de quelques heures de marche. Nous étions haut, mais je ne l’avais pas remarqué. À croire que l’absence de coeur rendait moins observateur.

Nous ne parlâmes pas. Je n’en éprouvais pas le besoin et elle était-même se trouvait trop occupée à me guider. Lorsque ma semelle s’enfonça dans le manteau blanc éternel, je ressentis néanmoins une sensation étrange. Comme un bonheur d’être triste, une sérénité bouleversée.

- Tout va bien ?

J’avais alors hoché la tête, gorge nouée. Et elle avait ri, comme si tout cela était normal. Je ne la connaissais pas assez, à l’époque, pour savoir qu’elle avait le don d'évoluer parmi le chaos comme une carpe dans le courant. Ce que j’ignorais alors, c’était que je le saurai bien assez tôt.

Alors que la nuit menacer sérieusement de tomber, nous arrivâmes sur un petit plateau sur lequel semblait avoir poussé une cavité rocheuse qui semblait mener quelque part dans la montagne même. Ma guide s’y engouffra, me faisant signe de la suivre et nous nous enfonçâmes sous le sol neigeux.

Au bout d’une petite descente, Mitsuko s’arrêta et je l’imitai. Lorsque mes yeux purent s’habituer à l’obscurité ambiante, je pus enfin comprendre où nous étions.

C’était une pièce faite de parois rocheuses, grotte naturelle à laquelle on avait fixé des planches en bois en guise d’étagères. Et sur ses planches, des colliers, des bocaux, des bibelots et les éternelles bougies et lanternes - éteintes - qui ne semblaient jamais quitter l’enchanteresse. Cette dernière déposa ses sacs au sol, effectua une série de gestes complexes et le feu prit, déposant une flamme dans chaque bougie. Puis Mitsuko se dirigea vers une étagère, y saisit un pendentif dont la pierre - d’un rouge vif - pulsait. Elle le tendit devant moi.

- Tu vois ? C’est ainsi que je conserve les coeurs.

Le choix du bocal m’aurait semblé plus logique, mais il fallait bien l’avouer : je n'y connaissais rien en magie. Je n’ai donc rien dit, me contentant de soupeser la pierre brûlante.

- Ce n’est pas le mien, finis-je par dire. Elle acquiesça, puis, d’un geste étrangement pudique, écarta un pan de sa tunique.

Contre la peau fine de son cou reposait une pierre familière. Je sus aussitôt que c’était celle qui était associée à mon coeur.

- Je le garde toujours avec moi, dit-elle en abordant un délicat sourire. Puis elle s’avança vers moi, prit mes mains froides dans les siennes.

- Veux-tu que j’annule le sort, ici et maintenant ?

Un sourire. Comme si elle me proposait une dernière danse.

- Discutons d’abord des modalités.

Elle eut un petit rire de gorge, un rire de femme.

- Tu apprends vite.

Je ris à mon tour.

Et c’est ainsi que, lorsque minuit sonna, notre Pacte fut défait.
66. Snow ~ Le Pacte, quatrieme partie
La quatrième et avant-dernière partie de l'histoire d'un homme ordinaire et d'une petite sorcière. En espérant ne pas vous avoir perdus en cours de route, je vous souhaite une bonne lecture :heart:

Le prochain thème : Drum.

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Soundtrack :
Joe Hisaishi - View Of Silence
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Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes. La sentence était resté imprimée dans mon esprit, accompagnée du souvenir de la baie vitrée éclatée, des formes sombres et jappantes dans la nuit. Le lendemain, on crut à un cambriolage et je ne dis rien. Officiellement, je dormais auprès de ma femme et mes enfants. Officiellement, je n’avais rien à voir avec tout cela. La détermination pourtant si forte que j’avais ressenti s’était évanouie avec l’aube.

Je ne me rendis pas dans les Montagnes. J’aurais pu le faire pourtant, mais c’était comme si ma volonté avait disparu. Ma condition n’était pas si terrible, mon mal n’en était peut-être pas un. Je relativisai donc, faisant des mois durant comme s’il n’en était rien. Mais depuis mon bureau, la vue des sommets était inévitable. À chaque fois que mon regard les effleurait, les mots de la fugitive se répercutaient entre les parois de mon crâne.

Les montagnes seront ma nouvelle demeure, si tu veux m’y trouver il faudra que tu t’y rendes.

Peut-être avait-elle été attrapée. Peut-être ne m’attendait-elle plus. Je tentais de me le répéter pour éviter de devoir m’y rendre, conscient que je risquais de m’y attirer des ennuis qui me dépasseraient, me submergeraient. Je tentai d’ignorer son Appel, en vain.

Il y eut Rupture.

Le mot fut passé, l’absence gérée. Le Boss voulait sa semaine, personne ne pouvait l’en empêcher. Trouver une raison à ma famille fut plus compliqué, mais cela se fit : j’étais déterminé. Pour eux, j’étais en voyage d’affaires. Pour l’entreprise, quelque part en bord de mer. Ni l’un ni l’autre ne connaissaient ma véritable destination. Et c’était sans doute mieux ainsi : je ne partais pas forcément avec l’intention que l’on me retrouve.

Les Montagnes, situées au nord de la cité, étaient si sauvages que personne n’y vivait. Ou plutôt, un nombre insignifiants d’ermites et autres reclus. J’ai pris les transports en commun jusqu’au terminus, près du versant. Mais je n’ai pas suivi le chemin forestier. Au contraire, j’ai coupé à travers les bois.

Je savais que Mitsuko ne se montrerait à moi que si je restais seul.

Les jours passèrent. Bien que je ne sois pas habitué à la vie au grand air, trouver mes repères ne me fut pas difficile. J’avais une tente, un réchaud, des provisions et un téléphone que je n’allumais jamais. Je me sentais hors du monde. Étrangement, cela me suffisait.

Un soir, il plut beaucoup. Je n’aurais su dire lequel, je commençais à perdre le compte du temps. La pluie était trop forte, je décidai de troquer ma tente pour une caverne. Lorsqu’en j’en trouvai enfin une, je m’y écroulai et frissonnai tout le temps que dura mon sommeil. Ce fut une flamme qui me réveilla, une petite flamme vacillante qui dansait devant mes yeux.

- Tiens, tu t’es réveillé.

Le ton plus que la voix m’était familier. Me redressant, je parvins à m’asseoir et, à la lueur d’une lanterne qu’elle devait sans doute avoir apporté, fixai Mitsuko dans les yeux. La peau de son visage avait pâli, s’était creusée et son sourire s’était nimbé de fatigue. Je voulus lui répondre mais une quinte de toux m’en empêcha.

- Là, là, fit-elle en m’ébouriffant le haut du crâne. Tu as bien failli attraper la fièvre ce soir.

- Je suis arrivé ? Ai-je fini par réussir à lui demander, d'une voix pâteuse. Un éclat tendre passa dans son regard.

- Non. Plus haut.

Un éclat grave passa dans son regard.

- Et je t’attends. Dépêche-toi.

Sur ces mots, une grande vague de fatigue m’envahit et je me rendormis. Lorsque je me réveillai, j’étais seul.

Je repris mon ascension.

Je n’avais aucune idée de comment la chercher, où la trouver. Mais je ne me décourageai pas, m’enfonçant sans crainte à travers une nature de plus en plus sauvage, de plus en plus hostile. Sur mon chemin, les arbres se resserraient, la forêt se faisait dense et le relief escarpé. Mais je montais, je ne cessais de monter. J’avais avec moi de quoi survivre encore quelques jours, même si je mangeais moins. Mes pensées, au fur et à mesure que je croyais m’approcher, se faisaient de moins en moins complexes, je devenais Animal motivé par la poursuite d’une femme-enfant inhumaine.

À plusieurs reprises, je crus percevoir autour de moi la présence d’Autres. Leurs ombres parfois semblaient filer contre la toile de ma tente mais jamais ils ne s’arrêtèrent. Eux aussi la cherchaient, je pouvais le sentir, le deviner.

Il y eut encore une nuit, une aube et un crépuscule. Alors que s’achevaient deux semaines dans la ville, je découvris sa demeure.

C’était un temple désaffecté, entouré de lanternes et de carillons qui tintaient dans le vent. Passant la porte entrouverte, je la trouvai allongée, sommeillant au milieu d’un océan de bougies allumées. Elle ouvrit les yeux alors que je posai mon sac au sol, m’adressa un sourire ensommeillé.

- Je savais que tu finirais par venir.

- Je ne le voulais pas.

Elle se releva, sembla hésiter sur l’attitude à avoir puis finit par hausser les épaules, désignant la paillasse en face de la sienne.

- Viens t’asseoir.

Je m’exécutai, tentant de n’éteindre aucune bougie sur mon passage. Elle me fixa quelques instants, secoua la tête. Elle était pareille que dans ma vision, bien plus démunie que lorsque nous avions conclu le Pacte. Pourtant je n'hésitai pas.

- Tu m’as menti.

Je l’accusai sans même vraiment être en colère et elle ne cilla pas, sans doute aussi lasse que moi.

- Je ne vois pas en quoi. Me répondit-elle d’une voix posée. Elle baissa les yeux, contemplant la lueur de trois flammes vacillantes entre nous. Quant à moi, j’étais incapable de me détacher de son visage, de ses cils rendus immenses par la pénombre. Je cherchai son regard en vain. Elle refusait de me regarder.

Alors que je voulais protester, elle reprit :

- Je t’ai donné tout ce que tu m’avais demandé. Emploi, amour, argent, reconnaissance. Tout. Sans exception.

Il y eut un frémissement parmi les flammèches, comme un petit courant. Je sentis mes poings se crisper, des larmes vaines rouler le long de mes joues. J’étais fatigué, tellement fatigué.

Elle replongea son regard dans le mien, et la puissance de la colère qui y vibrait me paralysa. Je restai immobile, oubliant même de respirer alors que ses yeux happaient les miens, nous clouant l’un à l’autre.

- Réfléchis trois secondes, Aaron. Je sais très bien que tu n’en dors pas la nuit, que tu as honte de ne pas être heureux. Mais je n’y suis pour rien. Je n’ai fait que t’offrir ce que tu m’as demandé.

- Tu m’as pris mon coeur !!

Cela avait été plus fort que moi, j’avais hurlé comme un animal blessé.

Surprise sans doute que je me débatte, elle se figea. Je continuais de pleurer sans bruit, sans même le sentir, malade d’être encore un raté, de n’avoir jamais changé.

- Tu me l’as dit pourtant, que je pourrais être heureux sans... alors pourquoi est-ce que je ne le suis pas ? Pourquoi est-ce que mes émotions sont devenues aussi faibles ?

Il y eut un silence lourd, ponctué par le son des clochettes. Puis, le visage marqué d’une expression honteuse que je ne lui connaissais pas, Mitsuko passa les bras autour d’elle-même. Elle frissonna, baissa les yeux.

- Parce que le coeur est siège des émotions, voilà pourquoi. Parce qu'on a rien sans rien, que ta demande ne pouvait avoir... qu'un prix élevé.

Sa voix était éteinte. Devant son expression, ses tremblements, je ne parvins plus à m’énerver. Embarrassé, je détournai le regard, voulus stupidement changer de sujet.

- Pourquoi tant de bougies ?

- La lumière me nourrit.

Elle avait évacué la question comme si sa réponse était on ne peut plus ordinaire. Et je ne répondis rien, incapable de savoir comment réagir. Et à nouveau le silence s’établit, à nouveau le vide se fit entre nous. Pris dans mes pensées rudimentaires et blessées, je sursautai lorsque sa voix résonna à nouveau.

- J’ai froid.

- Moi aussi.

Elle sourit, se leva en chancelant.

- Attends-moi là.

Elle disparut à l’arrière de la salle, revint une minute plus tard les bras chargés de couvertures.

- Je te propose qu’on dorme. On reparlera de tout ça demain.

Je hochai tout d’abord la tête, m’emparant de l’épais drap qu’elle me tendait. Bien qu’à l’abandon, les lieux ne semblaient pas insalubre. Il s’en dégageait juste une tristesse latente, qui s’infiltrait sous le crâne comme pour mieux coller à l'âme.

Elle voulut s’allonger, s’étonna que je ne fasse pas de même. En silence, j’allai m’asseoir dos à l’autel près duquel nous nous trouvions, faisant ainsi face aux imposantes portes d’entrée.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Je surveille.

Elle sembla surprise, puis de la reconnaissance illumina ses prunelles. Elle renifla, tout aussi pathétique que je l’étais. Puis, sans rien dire, elle trotta vers moi et vint s’asseoir à mes côtés. À cet instant, elle n’avait plus rien de la femme que je croyais qu'elle était.

- Bonne nuit, Aaron.

- Bonne nuit, Mitsuko.

Elle eut un geste et une partie des bougies qui nous entouraient s’éteignirent. Les minutes défilèrent, paisibles comme l’Océan après la tempête.

Puis un dernier échange.

- Je suis désolée. Je croyais que tu pourrais être heureux sans un coeur.

Je pris mon temps pour murmurer en retour :

- C’est pas grave.

Son corps menu vint se blottir contre mon flanc. Elle répliqua :

- Certaines choses sont taboues, dans mon milieu. Interdites. Les clauses de notre Pacte en font partie.

- Parce que ce n’est pas juste ?

- Parce que cela ne se fait pas.

Un temps.

- C’est pour ça que tu es poursuivie ?

Je crus qu’elle n’allait pas me répondre.

- ... oui.

Un hibou hulula, à l’extérieur. Elle sembla en sourire.

- Tu es courageuse.

- Et toi, tu es stupide.

Sa voix se fana, sa respiration se modifia. Elle s’était endormie. Je finis par faire de même, longtemps après.

Quand je me réveillai, elle était dans mes bras.
66. Snow ~ Le Pacte, troisieme partie
Et l'aventure se poursuit, les relations se modifient sans cesse. 

J'espère pouvoir publier la suite du Pacte bientôt, si mon emploi du temps me le permet. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture.

Le prochain thème : Drum.
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Bonjour à tous.

Cela fait depuis quelques temps que je ne suis plus parmi vous. Les études, la plongée en eaux troubles ainsi qu'une trop grande dispersion m'ont aspirée, me faisant oublier le challenge que je m'étais, alors, promise de compléter. Je n'ai pas envie de m'étaler plus sur les raisons de mon absence, sachez simplement qu'elle a assez duré. Désormais, je posterais un nouveau texte tous les deux samedis (voire entre deux lorsque l'inspiration s'y prêtera), suivant les règles du 100 Themes Challenge ou d'autres idées plus sauvages, au gré de mon imagination.

Ma prochaine création paraîtra donc le samedi 28 mars, jour de ma naissance Meow :3 

En espérant parvenir à toujours susciter de l'émotion en vous par mes mots, je vous donne rendez-vous samedi prochain !

Avec affection,
Elore Heart 
  • Mood: dA Love
  • Listening to: Ed Sheehan - I See Fire
  • Drinking: Water

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Comments


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:iconwho-died:
Who-Died Featured By Owner Mar 17, 2015
A very late thank you for the watch! 
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:iconcanibal-powa:
Canibal-powa Featured By Owner Oct 31, 2014  Hobbyist Digital Artist
Merci pour le fav'!

Et Joyeux Halloween!
Reply
:iconnarimal:
Narimal Featured By Owner Oct 7, 2014  Hobbyist General Artist
This is kinda late but awhile back you gave me a favorite and I wanted to express my appreciation, 
so thank you. Love 
Reply
:iconjanewoolf:
JaneWoolf Featured By Owner Aug 29, 2014  Student Photographer
meow for the fav. :hug:
www.facebook.com/woolf.j
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Digital Artist
Coucou tu as quel age Elore?
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Writer
21 ans. C'est une information que tu peux trouver sur ma page Facebook.
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Jul 29, 2014  Hobbyist Digital Artist

 Bonjour,

Si tu cherches à faire de nouvelle rencontre moi je ne demande qu'a enrichir ma vie par divers connaissance et ai soif d'échange en tout genre.

Ce message peut paraitre un peu bizarre mais je trouve que ce genre de site est le meilleur moyen de rencontrer des gens qui ont le même gout pour l’art et le dessin que moi.

J’y ai même trouvé l’amour par un hasard incroyable d’un p’tit com sur l’un de mes dessins  amour perdu depuis lors =(

Si ce message a éveillé ta curiosité 

voici mon Skype :   fooxx1986

Je serais ravie de discuter avec toi et faire plus ample connaissance. Et te souhaite une bonne journée ou soirée peut-être à une prochaine.

 

PS

Je fais un copié collé de ce message j’envois ça aux pros comme aux amateurs

(J'peux même donner des cours de dessin sur logiciel par Skype si tu es intéressé par se que je fais.)

Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 8, 2014  Hobbyist Writer
Bonsoir fooxd,

J'ai apprécié de lire ton message et je dois dire que j'ai été intriguée par son contenu. Hélas, je fais partie de l'espère des introvertis et ma vie est actuellement saturée de contacts sociaux, bien plus qu'il ne m'en faut. Je vais réfléchir à ta proposition, peut-être trouverais-je le courage de te parler mais au vu de mon caractère et de mon goût pour la solitude, rien n'est moins sûr.

En te souhaitant une bonne soirée,
Elore
Reply
:iconkatsuyko:
Katsuyko Featured By Owner Jun 17, 2014  Hobbyist General Artist
Eh petit esprit, es-tu toujours parmi nous? D:
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Jul 5, 2014  Hobbyist Writer
Oui :3
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