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About Literature / Hobbyist EloreFemale/Switzerland Recent Activity
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EloreCohlt's Profile Picture
EloreCohlt
Elore
Artist | Hobbyist | Literature
Switzerland
Je m'appelle Elore Cohlt, j'ai commencé à écrire il y a environ 10 ans, parce que le chaos qui stagnait dans ma tête avait besoin de prendre l'air.

Tout d'abord acclamée dans l'univers des blogs puis des forums rpg, je me suis arrêtée d'écrire car je n'aimais pas ce style impersonnel et hypertrophié qui était le mien.
Puis j'ai recommencé.
A écrire mieux. Presque bien.
Mes idées trouvèrent enfin un catalyseur, mes mots trouvèrent des yeux, grâce à ces auteurs à la plume bien plus fine et élégante que la mienne. Cela fait maintenant 5 ans qu'il m'arrive d'écrire bien et je dois avouer que c'en devient inquiétant.

Cet espace a été crée pour regrouper mes divers billets, essais, textes réussis ou autres. Soyez les bienvenus.
Interests

Activity


Chers lecteurs, 

DeviantArt fut, pendant longtemps, la plateforme idéale pour que je partage mes textes et idées. Cependant, j'ai pris la décision de ne plus y publier toutes mes créations, préférant me concentrer sur un réseau dédié aux textes francophones uniquement.

Vous pourrez donc me retrouver ici, ainsi que sur ma page Facebook (que je vous conseille d'aimer, pour ne pas louper mes prochains travaux Meow :3 ).

En attendant de - peut-être - vous y retrouver, je vous souhaite de bonnes lectures Heart 

Elore
  • Listening to: Bjorn Niis - Out Of Reach
  • Drinking: Blueberry juice
Je me souviens des voyages en 2013. De ma réticence à quitter le confort de ma chambre, de mon sentiment que le monde, à l'extérieur, était un endroit profondément dangereux. Je me souviens de mon malaise, de ces autres humains que je ne voulais aucunement fréquenter. De ma peur maladive, cette peur qui me clouait au sol. Je me souviens du fond et de la remontée, de la façon dont on m'a aidé à quitter la peur, à la laisser derrière moi sans regret. Je me souviens de l'été 2013 et de mon plaisir à sortir, redécouvrir le monde sans crainte. Le monde sans filtre, tel qu'il était. Mieux.

Hier, je n'étais pas à Paris. J'étais à des kilomètres de là, dans la chaleur horrifiée d'un chez-moi. Ce qui ne m'a pas empêchée de venir aux nouvelles de ceux que j'aimais, de suivre l'actualité avec la boule au ventre et le coeur serré. Mais je n'ai pas eu peur et même maintenant je n'ai pas peur. Ni aujourd'hui, ni demain je n'aurai peur de sortir, là-bas ou ailleurs. Je ne laisserai pas la terreur l'emporter car je sais à quel point elle peut paralyser, tuer à petit feu. Et que le monde n'a jamais été sûr, de toute façon. Qu'il faut continuer.

Je me souviens de l'apprentissage, du temps qu'il m'a fallut pour comprendre que peu importe où j'irais, il y aura des chances que ce monde me blesse. Mais lors de la remontée, j'ai appris à l'accepter. A comprendre que ce Grand Dehors, je ne pourrais jamais l'apprivoiser en restant cloîtrée. Alors j'ai fait comme si tout allait bien, j'ai souri crispé, j'ai dit merci à des inconnus. Jusqu'à ce que le comme si devienne une vérité, jusqu'à ce que ce monde m'ait prouvé que je n'avais plus besoin de faire semblant.
Et comme il a sa beauté, cela n'a pas pris longtemps.

Aujourd'hui, demain et pour les jours à venir, je n'aurai pas peur. Car le monde reste le même malgré les blessures, car même si nous sommes tous à vif il faut continuer. Faire comme si pour ne pas leur donner raison, chasser la peur pour ne pas se faire avoir. Aujourd'hui et demain je retrouverai mes amis, je mangerai et boirai avec joie, je chanterai et j'écrirai même si ce n'est pas facile. Et je ne saurai conseiller à tous les autres, qu'ils soient Français ou non, de faire de même.

Il faut vivre, mes amis. Sourire même lorsque le coeur n'y est pas. Et pleurer aussi, pourquoi pas. Tant que l'on ne se terre pas, tant que l'on se sent encore en vie. Il faut faire ce que ceux qui aiment la mort auraient détesté nous voir faire : continuer de vivre, tant que ce n'est pas dans la peur. Et ce monde est beau même blessé et il faut faire de notre mieux.

Alors vivons comme mille, laissons la peur sur le bord de la route.

Comme si, jusqu'à ce que tout aille mieux.
Viens avec moi après le cours, c’est ce qu’elle m’a ordonné. Et même si je suis le prof et qu’elle est l’élève, j’ai acquiescé. Puis j’ai quitté le vestiaire où elle se reposait, ai laissé son amie me remplacer, veiller sur elle. Une mauvaise chute, ça arrive. Elle a eu mal mais je sais d’expérience que ce n’est pas grave. Pourtant je sais aussi qu’elle tient à sa fierté comme à la prunelle de ses yeux et qu’un tel échec, dans son esprit, mettra longtemps à s’effacer. Je suis optimiste - ou fataliste, c’est selon - et je sais qu’elle finira par l’oublier. En la quittant, en la laissant allongée sur le banc avec ses yeux durs et ses grimaces de douleur retenue, je sais aussi qu’elle s’en voudra un moment, peut-être qu’elle m’en voudra aussi. Mais la vie continue, le cours aussi. En reprenant place dans la salle de danse, je rassure les autres élèves sur sa santé : elle va bien, rien de grave, ce genre de banalités. Et on reprend, on s’entraîne. Sans elle. Quelques minutes après, à peine, son amie revient. Et à son regard vaguement coupable, contrit, je devine qu’elle l’a renvoyée pour pleurer sa rage seule. Tant pis.

Puis le cours se termine, mes élèves se dispersent. Et je range, j’attends. Jusqu’à ce que, sur le seuil de la salle, elle apparaisse. Elle est changée, toute trace de chagrin a disparu et, passés autour de son épaule, il y a son sac et ses affaires.

- Tu te sens mieux ?

- Ça va.

Je souris, elle pas. Comme toujours. Sans me démonter, je brise le silence à nouveau :

- On peut y aller ?

- Oui, oui.

Et on sort.

- On va où ?

- Surprise.

Son ton est froid, dénué de malice. D’autres que moi se seraient sans doute découragés, mais je sais que c’est comme ça qu’elle fonctionne : il faut savoir la décoder pour comprendre qu’elle a ses émotions, elle aussi. C’est qu’au bout de trois ans à lui apprendre à danser, j’ai fini par apprendre à la lire.

À moins que ce soit elle qui me l’ait appris, doucement.

Les rues sont élégantes mais froides, à son image. Et nous marchons côte à côte, sans nous regarder. Parfois je lui jette un coup d’oeil, j’observe sa démarche quand elle avance. Raide, déterminée. Un peu brusque, aussi, sans doute de colère retenue.

- Tu n’as pas à t’en vouloir, tu sais.

Silence. Je reprends :

- C’est un mouvement difficile, j’ai moi-même mis longtemps à le maîtriser.

- C’est bon.

Son ton excédé me signale que je n’ai pas intérêt à poursuivre. Je me rétracte donc, préférant lever la tête vers le ciel orangé du crépuscule. Les jours raccourciront bientôt, hélas. Bientôt, on rentrera tous dans le noir. Et elle ne dit rien et je lui fais confiance, jusqu’à ce qu’on arrive dans un coin plus inhabité de la ville, devant un immense chantier. Elle s’arrête, je fais de même.

- C’est là que tu voulais m’emmener ?

Elle hoche la tête, imperturbable. Puis nous faisons le tour, jusqu’à ce qu’elle trouve l’entrée. Alors qu’elle franchit le seuil, je l’arrête d’une main sur l’épaule.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Je veux te montrer un truc.

Il y a quelque chose, dans ces prunelles en amande, qui me trouble. Quelque chose de trop fort pour moi, trop grand alors même que nous avons huit ans de différence. Ma prise se resserre.

- C’est illégal de traîner sur les chantiers.

- Je sais ce que je fais.

Concours de regard, tension à couper au couteau. J’essaie d’être un adulte responsable, je le jure. Mais son expression réduirait le plus expérimenté des juges à un petit enfant pris en faute. Je déglutis.

- Et si on se fait prendre ?

Mon ton pitoyable est balayé par son affirmation.

- Ça va pas arriver.

Puis elle se soustrait brutalement, faisant un pas de côté pour ramasser un objet qu’elle pose, sans une once de sourire, sur le crâne. Un casque d’ouvrier, trop grand pour elle. Et sans me laisser même le temps de rire, elle se hisse sur la pointe des pieds et en enfonce un autre sur ma tête.

- Voilà. On est protégés maintenant.

Elle est drôle sans jamais le vouloir. C’est plus fort que moi, je me sens sourire à nouveau.

- Bon d’accord, je te suis. Mais je me réserve le droit de nous faire partir si ça devient trop dangereux.

Elle semble considérer l’éventualité, hoche la tête.

- D’accord.

Et sa main saisit la mienne, me traîne à travers la carcasse en construction, les murs à moitié défaits. Sa démarche est volante, assurée, si assurée qu’il n’y a aucun doute : cet endroit, ce n’est pas la première fois qu’elle vient le hanter. Et nous avançons parmi les fondations entamées, les murs à moitié faits. Il n’y a personne, pas âme qui vive. Les ouvriers ont sans doute terminé leur journée plus tôt.

- C’est là.

Elle a pilé sèchement en-dehors des limites du bâtiment, devant une structure jaune, métallique et familière. Je lève la tête, caresse des yeux l’immensité de cette chose.

- ... ah.

C’est tout ce que je suis capable de dire, et pour cause : je n’ai jamais vu de grue aussi... haute. Et jamais d’aussi près. Alors que je la contemple, je sens mon élève me tirer brutalement de côté et la suit sans réfléchir, sonné. Au fond de moi, il y a une voix inquiète qui me sonne de l’arrêter, de lui demander au moins ce qu’elle fout. Mais elle s’étouffe, cette voix, sous une autre bien plus forte. Un rugissement effrayant et excitant qui résonne contre les parois de mon crâne. Cette fille est folle et je la suis parce qu’il n’y a qu’elle pour me pousser à agir ainsi.

Avec aisance, elle s’approche de la grande échelle assortie à la grue et entame l’ascension. Gorge serrée, je la suis précautionneusement, mains crispées autour du métal froid. Et automatiquement je me concentre sur elle, sur sa posture : si elle tombe, je la rattraperais ; elle n’est pas bien lourde, de toute façon. Machinalement, je compte les barreaux, voit les nuages qui se rapproche et sent l’air de plus en plus froid qui nous enserre. Je crois que j’ai un peu peur, au fond, mais cette peur s’efface devant l’exaltation. Celle qui me guide grimpe vite et j’accélère aussi, jusqu’à la plateforme du sommet sur laquelle elle m’aide à monter.

Il fait bien plus venteux, bien plus frais tout en haut. Et les toits qui se sont éloignés au fur et à mesure de notre ascension ne ressemblent guerre plus qu’aux damiers d’un grand échiquier en désordre. Les jambes un peu plus tremblantes qu’au départ, je m’accroche à mon élève sans m’en rendre compte et elle fait de même, se tassant contre moi avec une brutalité qui me fait prendre conscience de notre proximité. Le ciel est rouge, orange et rose, gargantuesque. Il nous dévore, nous n’existons quasiment plus. Au milieu de l’immensité, je m’entends pose une question ridicule.

- ... tu viens ici souvent ?

Mes mots se noient dans le ciel, dans le vent qui souffle et dans la chaleur de ses bras anguleux autour de ma taille. Elle répond, pourtant, elle pardonne mon besoin de briser le silence.

- Des fois.

Un coup de vent plus fort nous atteint, nous poussant à nous accrocher plus fort l’un à l’autre. Il y a quelque chose d’humide, aux coins de mes yeux. De la beauté partout autour, mon coeur sur le point d’exploser et le métal qui gémit doucement comme pour chanter. Depuis en haut, je ne me préoccupe plus de la terre et ses problèmes. De mon travail, de mes problèmes. Il n’y a que le moment, et elle.

- Pourquoi tu m’as amené ici ?

Elle relève la tête, croise mon regard.

- Tu n’aimes pas ?

Elle n’a pas l’air déçue, elle pose la question en toute simplicité. Pourtant je m’empresse de répondre :

- Non, non, c’est magnifique. Mais je me demandais... non, rien.

Je ne peux pas lui demander si elle montre sa grue à tout le monde.

Je ne saurais dire combien de temps nous restons collés l’un à l’autre, au sommet de cette grue. Le temps que le soleil finisse de descendre, que les premières étoiles soient visibles à son opposé. Puis les préoccupations que j’ai laissé au pied de la grue remontent doucement, répandent leur venin entre les parois de mon crâne : j’ai du travail qui m’attend, j’ai faim. Et j’enlace cette fille qui est beaucoup trop jeune pour moi.

Un pas de côté, je nous décroche doucement.

- Merci.

- De rien.

Elle s’étire, ferme les yeux et inspire à fond. Et c’est là que je le vois, minuscule au coin de ses lèvres mais plus beau encore que l’aquarelle à l’horizon.

Un sourire.

- On descend ?

Je n’en ai pas envie, pas vraiment. J’ai envie de dire non.

- Mieux vaudrait.

- D’accord.

Nous nous rapprochons, prêts à repartir. Et sa main cherche la mienne, vient la presser doucement. Son sourire a disparu, son regard est trop sérieux pour ses seize ans.

- Je t’aime bien, c’est pour ça.

Moi aussi, je l’aime beaucoup, je crois. Et alors que je m’apprête à descendre, elle se hisse sur la pointe des pieds pour venir m’embrasser doucement, bouche fermée. Et je me laisse faire, surpris.

Etonné.

Envoûté.

Merde.

- Mais que...

Elle est déjà sur l’échelle, je la suis sans rien dire, étourdi comme après un verre de trop. Euphorique, un peu. Heureux d’avoir contemplé la ville avec elle. Le temps viendra pour les ennuis, pour les conséquences et la suite. Pour mettre les mains sur la peau, pour plus que les lèvres. Les ennuis viendront après, maintenant c’est le temps de vivre et la descente après tout n’est que physique. Constatation explosive qui résonne en mon présent, entre mon coeur qui bat et le ciel dans nos yeux :

Au sommet de la grue... je suis tombé amoureux.
La-Haut
Un jour, près d'un chantier, j'ai vu une grue. En rentrant, j'ai commencé à écrire.
Bonne lecture ! :heart:

Soundtrack : Kate Bush - Top Of The City.
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Avec le temps, j’arrêterais peut-être. Mais pour l’instant, c’est ainsi : j’aime à regarder passer les trains. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai emménagé dans cette petite ville au bout du monde - je le répète souvent, mais très peu de gens me croient. Je ne fais que dire la vérité, pourtant, et puis, de toute façon, je ne sais pas mentir.

Ce que j’aime dans cette bourgade, ce sont ses rues, ses gens mais surtout... sa gare. Cette minuscule gare à la façade rouge usée et à l’unique quai, cette gare un peu à l’écart, cernée de champs de blé. J’aime la gare en été quand les trains filent et font danser les épis ; j’aime aussi la gare en hiver lorsque le ciel est gris et que les gens attendent, frigorifiés, de retrouver les leurs ou prendre un nouveau départ. J’aime le mouvement, les trains à l’heure mais aussi en retard, pressés de repartir et pourtant toujours désireux de prendre tout le monde à bord. C’est pour cela que, une fois mon travail terminé, je file vers la porte ouest de la ville pour retrouver ma gare chérie, m’asseoir sur mon banc habituel. Il parait que, dans la bourgade, je suis devenu une sorte de personnage. Il parait qu’ils m’appellent ainsi : l’homme qui regarde passer les trains. Et je ne les contredis pas, je suis même ravi qu’un tel surnom m’ait été attribué. J’en ai eu d’autres, après tout. Des bien moins beaux, donc je suis heureux de ce que j’ai.

Au fil du temps et dans cette gare, j’ai vu d’étranges choses et fait d’étonnantes rencontres. Des êtres fugaces, pressés. Des hommes qui partaient pour ne plus revenir, des ombres qui attendaient le retour de souvenirs pour se les ré-approprier. Une fois même, j’ai rencontré Dieu. Un Dieu qui s’est assis à côté de moi, m’a demandé une cigarette et avec qui j’ai parlé, un peu. Puis je me suis assoupi - j’avais peu dormi, la nuit passé. Lorsque je me suis réveillé, il avait disparu mais c’était normal, vous vous en serez doutés : Dieu est un être pressé et son grand détour pour venir me voir l'avait mis en retard...

Avec le temps, j’arrêterais peut-être de fumer. Mais c’est difficile, dur même. Je fume beaucoup, dans les rues, sous la douche ou en dormant. Cela fait tousser le chat mais peu importe au fond, je ne lui impose jamais ma présence bien longtemps. Quand je ne suis pas dans ma gare, je disparais.

Quand je ne suis pas dans ma gare, à attendre celui qui m’a appris à fumer.

J’aime à regarder passer les trains, dans la petite ville du bout du monde où j’ai emménagé. J’aime à me dissoudre dans la fumée, cacher mon visage qui attend, mes yeux qui cherchent plus loin que mon regard, à l’horizon. Des fois, il n’y a pas de train alors je ne sais plus où arrêter de chercher, où cesser de m’étendre. Et mon regard devient immense, il dépasse la ville jusque vers les contrées où on a dû se séparer. On s’est rencontrés là-bas, dans la boue et les tripes et même si je hurlais et que je pleurais toutes les nuits, c’était bien de le reconnaître sans l’avoir jamais vu avant et ça me faisait taire plus d’une minute, il parait que c’était marrant. Plus il y a eu l’incident, la bête chose où je ne sais plus ? Mais on a été séparés. De toutes façons, c’était le chaos là-bas et personne n’y comprenait rien, que ce soit ceux du pays ou ceux que l’on combattait. Mais il m’a dit, avant de partir, que ce serait pas la dernière fois. Qu’on se retrouverait aux sources, dans la petite ville du bout du monde qu’on ne connaissait pas, mais dont un gars du régiment parlait tellement que c’était devenu le paradis, pour nous. La ville que j’ai volée à son souvenir pour la faire mienne, la ville où je suis devenu vétéran qui attend.

L’homme qui regarde passer les trains sans un bruit, en pleurant.

Des fois, je me demande si il n’y a pas eu erreur, ou malentendu. Si au fond, je ne me suis pas trompé de ville où si, quand mon regard s’étend, je ne prends pas la peine de le chercher assez longtemps. Parce que là-bas, je ne vois que des corps enfouis avec le temps, des veuves et des plaies que l’on tente de guérir, même des années après, même maintenant. Des fois, je cherche les trains de là-bas mais je n’y vois rien, personne : que des fantômes de ceux qui ne rentreront jamais. Et moi je suis comme ces veuves, qui attendent, je cherche aussi mon âme soeur qui est mon frère également, mon ami, celui que je garde dans mon coeur en partie comme un secret, celui qui garde une partie de moi aussi.

Je veux être complet, mais je ne peux l’être seul. Alors j’attends, dans la belle gare rouge et ses trains rouillés. Et Dieu vient me voir, de temps en temps, et quand je lui demande des nouvelles de mon frère il me dit de garder confiance. Mais c’est difficile, vous l’imaginez sans doute. Avec le temps, on pourrait croire que je me serais résigné mais... non.

Et les années ont passé, et la gare a fermé. Mais je suis toujours revenu, toujours. Je n’ai jamais cessé d’attendre le train. Et le chat est mort et Dieu a cessé de me rendre visite. Et mes jambes se sont affaiblies mais pas mon coeur. Et je n’ai jamais cessé de venir.

Puis un jour, je me suis endormi. Sur mon banc, en hiver, et personne ne s’est inquiété parce que personne ne me connaissait autrement que comme le vieil homme qui regardait passer les trains et que tout le monde était bien trop occupé. Et quand je me suis réveillé, il avait neigé et Dieu marchait vers moi.

À ses côtés, il y avait le frère que j’ai retrouvé.

Après cela, ils ont revendu l’appartement et c’est une jeune pianiste qui y vit maintenant. Elle a un chat, elle aussi, qui nous voit lorsque nous arrivons pour l’écouter jouer. Et une fois par semaine, je la regarde déposer des fleurs sur ma tombe - par respect sans doute, par politesse même puisqu’elle ne m’a jamais connu de mon vivant. Et parfois j’aimerais lui dire que je ne suis pas seul, que ma tombe est à côté d’une autre, qu’on ne voit pas. Celle d’un homme de mon âge mais mort plus jeune.

Avec le temps, tout file et s’use. Mais sa voix dans le crépuscule et la mémoire des habitants restent encore. Et avec le temps, ils nous ont rejoint, avec le temps la bourgade s'est dépeuplée en apparence. Mais nous sommes toujours là, nous dansons à travers les murs et dans les étoiles et dans le vent. Et les chats nous fixent, parfois. Et les animaux nous sentent. Et je suis heureux, j’ai même arrêté de fumer depuis.

Avec le temps, tout se transforme ou se détruit. Mais la Ronde, elle, ne s’arrêtera jamais.

Maintenant que je la danse, je sais que cela valait le coup d'attendre.
Ceux qui attendent
Hier soir, j'ai eu l'immense chance d'assister à un excellent concert, qui m'a donné l'inspiration suffisante pour terminer ce bout de texte et répondre à un défi nommé : avec le temps. J'espère que vous l'apprécierez :heart:

Bonne lecture !

---
Soundtrack : Steven Wilson - Insurgentes
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Il est des choses qu’on ne peut oublier. Des images, des réflexes, des sensations d’un autre âge et dont on ne peut se défaire. Cela fait des années, pourtant, que je suis partie loin d’elle. Des années que le sucre a cessé de fondre sur ma langue, des années que j’essaie de me remettre mais c’est vain : mes os sont toujours fragile, mon esprit refuse de coopérer. Et mon regard... mon regard. Peut-être suis-je la seule à y voir encore son reflet, les échos d’une peur ancienne. Peut-être suis-je la seule et cela me convient. Après tout, rien ne m’écoeurerait plus que de livrer mes faiblesse en pâture à qui saurait lire un peu trop fort.

Même encore aujourd’hui, je suis incapable de m’abandonner au sommeil si d’autres sont là.

Il est des choses qu’on ne peut oublier. Le plafond bleu sombre de la chambre, éclairé par les lueurs du crépuscule. Le store que l’on baisse, le walkman que l’on enclenche, le casque que l’on place de part et d’autre de mon crâne. La lumière éteinte, seuls subsistent les rais de lumière sanglante, filtrés par les stores. Je me souviens de la peur, de mes muscles qui se raidissaient déjà d’avance. Et la musique qu’elle mettait fort, pour ne pas que je l’entende se déplacer. Je ne bougeais pas, je luttais. Contre ma propre angoisse, l’envie de m’enfuir à toute jambe. C’était la peur contre la loyauté, l’effroi contre l’obéissance. Et je fermais les yeux, très fort pendant que l’obéissance gagnait. Parfois, c’était comme si mon esprit sortait de mon corps pour venir se fixer au plafond, observer la fille allongée, paumes plaquées contre les yeux alors que l’autre rôdait, caressait ses cheveux tout en s’emparant de l’objet. Je dis l’objet car je n’ai jamais vraiment su ce dont il s’agissait vraiment - selon ses dires, mieux valait que je l’ignore.

Durant le bref temps entre l’appel et l’arrivée des secours, elle aimait comparer cela à une piqûre. Je l’entends encore de façon nette : si tu avais regardé, cela t’aurait fait peur et tu aurais eu encore plus mal. C’est pour cela que je ne sus jamais ce qu’elle utilisait réellement. Si c’était une batte, un pilon ou quelque chose d’autre. De toutes façons, j’avais trop peur pour y penser vraiment. Ou peut-être que je pensais trop vite, que mon esprit s’emballait et que je me retrouvais semée, larguée par mes propres pensées. C’est une idée, aussi. Une hypothèse à ne pas écarter.

Je me souviens que - malgré mes mains, malgré le casque - je pouvais pressentir lorsqu’elle s’arrêtait, objet en main. Parfois c’était un genou, parfois un coude. Lorsque c’était le cas, elle me prenait doucement le poignet pour poser mon bras à plat sur le lit. Je me souviens que ne pas bouger en sachant ce qui allait se produire consommait toutes mes forces - j’étais presque fière d’y arriver mais surtout... je me souviens de la douleur.

J’essayais d’être digne, pourtant. De ne pas hurler. Mais c’était trop fort, trop dur à supporter. Et à chaque fois, elle plaquait sa main contre ma bouche, paume contre dents pour étouffer mes cris. Puis, pendant que je sanglotais, elle appelait les urgences. Les minutes qui suivaient étaient consacrées à me réconforter, me dire que tout irait bien. Mais mon bourreau était déjà la tête ailleurs, si heureuse d’y retourner. Et moi je crevais de mal, jointure explosée, en sang sur le matelas. C’était un rituel, auquel je me soumettais par amour et abnégation. Pour son regard si heureux, baigné de larmes de joie alors qu’elle me remerciait. C’était dans ces moments-là qu’elle disparaissait à la cuisine pour revenir avec ma récompense. Un carré de chocolat, souvent cher. Et je la laissais le glisser dans ma bouche, inerte. À la sensation de chaleur meurtrière s’échappant de mes os se mêlait la sensation de douceur sur la langue, le sucre qui fond.

Je me souviens de l’ambulance, des murs blancs. Me transporter alors que mes membres se disloquaient si facilement relevait du défi, mais le corps médical y était habitué. Je me souviens d’elle, ravie et papillonnante, si contente parmi eux, dans son élément. Elle aimait leur expliquer à quel point j’étais maladroite, se montrait heureuse comme une enfant, séductrice comme une catin. Je les détestais, les docteurs, alors qu’ils n’avaient rien fait de mal. Je les haïssais de lui donner ce qu’elle voulait, d’être les seuls, d’ailleurs, à le faire. Mais je haïssais aussi ceux qui s’intéressaient à moi de trop près, soulevaient les incohérences. Je savais qu’elle s’en faisait mais elle n’en avait pas besoin : je restais bouche scellée, digne dans mon horreur. Elle s’en méfiait, aussi. C’était pour cela qu’elle refusait de me donner de quoi soulager mes douleurs avant chaque séance : elle ne voulait pas éveiller les soupçons. Oh, c’était une femme intelligente.

Je me souviens des jours qui passent, de la routine qui s’installe. Des jours en mois, des mois en années. De mon corps qui changeait, de mon comportement qui se modifiait pour la répugner, pour qu’elle cesse de m’user. Mais rien ne la décourageait et je ne pouvais aller plus loin. Nous n’avions que l’une et l’autre, c’était pour cela que je ne pouvais m’enfuir. Et je l’aimais, je crois. L’idée qu’elle me frappe me rendait malade, mais jamais autant que l’idée de la trahir.

Je me souviens de mon quatorzième anniversaire, de la seule fois où elle effectua mal ses calculs. C’était soudain, imprévisible. Je me souviens que j’étais dans la salle de bain lorsqu’elle m’attira à elle pour me brûler. J’étais face au miroir, pas au plafond. Mais je ne me souviens plus de ce que j’y vis, non. Je crois que mon âme toute entière a lutté pour que cela reste flou.

Les jours qui suivirent furent blancs - la couleur du bandage que l’on serra autour de mon visage brûlé. La marque du fer à lisser couvrait une fossette et l’autre, chevauchant brièvement l’arête de mon nez. Je sursautais sans cesse dans ma chambre d’hôpital, me cachant sous les draps à chaque grésillement. Mon bourreau prétendit que j’avais glissé sur une plaque de cuisinière, mais je sentis le scepticisme grandissant des médecins. À cette époque, celui qui s’occupait régulièrement de moi partit à la retraite pour laisser place à un autre docteur : un homme jeune, qui disait revenir d’un long voyage. J’appris à connaître sa voix avant de pouvoir le voir, j’appris à me braquer car il était d’une gentillesse effarante, le genre d’attitude dangereuse, à faire fondre les résistances. Et je savais qu’il se doutait de tout, il me l’avait posément expliqué. Il m’avait aussi dit qu’ils me garderaient loin d’elle un peu plus longtemps, que j’aurais tout le temps de lui dire ce que j’avais à dire si je le voulais. Je me souviens n’avoir rien dit, me contentant de jeter le chocolat qu’elle m’amenait lors de ses visites quotidiennes. Le docteur venait souvent me rendre visite, me racontant ses voyages tout en la gardant à l’oeil. Mais ni elle ni moi ne trahissions quoique ce soit.

Puis vint le jour, peu après que je puisse voir de nouveau. Elle était venue me voir, dans la petite chambre que l’on m’avait assignée. À voix basse, elle m’avait demandé une faveur. J’étais fatiguée, la boule dans la gorge mais j’ai acquiescé.

Elle a serré ses mains autour de mon cou, fort jusqu’à ce que je perde connaissance.

Lorsque je me réveillai, elle était partie en me laissant un mot. Et même si elle n’était plus là, je flottai à nouveau. D’en haut, je voyais la fille allongée sur le lit d’hôpital, l’adolescente à la peau marbrée de bleus et à la face brûlée, baignée de larmes. J’étais faible, je n’en pouvais plus. D’en-haut, je me vis appeler mon médecin, attendre qu’il arrive et parler.

Hors de mon corps, je me vis la trahir.

Il est des choses qu’on ne peut oublier. Des images, des réflexes, des sensations d’un autre âge et dont on ne peut se défaire. Cela fait des années, pourtant, que je suis partie loin d’elle. Des années depuis ma trahison, depuis l’instant où nous avons été séparées. Pourtant je suis incapable d’oublier son visage et sa voix douce, le contact de ses mains et la douleur qu’elle m’infligeait. Même encore maintenant, je suis incapable d’oublier que je l’aimais. Ou croyais l’aimer, croyais que me laisser faire pouvait l’aider. Même encore maintenant, je me souviens du goût vomitif du chocolat sur ma langue. Même encore maintenant, ma gorge s’obstrue quand j’y repense. Et mon corps et mon visage portent encore les marques de ses traitements, de notre relations. Et j’aimerais tant tout oublier, cesser d’être en colère même encore maintenant.

Mais c’est impossible.

Même après tant d’années, je suis incapable d’oublier le souvenir de maman.
Chocolat amer
Une part de l'histoire d'un de mes personnages de RP, utilisée pour répondre au défi "Pourquoi je n'aime pas le chocolat".

Bonne lecture ! :heart:

Soundtrack : Alice In Chains - Nutshell
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Chers lecteurs, 

DeviantArt fut, pendant longtemps, la plateforme idéale pour que je partage mes textes et idées. Cependant, j'ai pris la décision de ne plus y publier toutes mes créations, préférant me concentrer sur un réseau dédié aux textes francophones uniquement.

Vous pourrez donc me retrouver ici, ainsi que sur ma page Facebook (que je vous conseille d'aimer, pour ne pas louper mes prochains travaux Meow :3 ).

En attendant de - peut-être - vous y retrouver, je vous souhaite de bonnes lectures Heart 

Elore
  • Listening to: Bjorn Niis - Out Of Reach
  • Drinking: Blueberry juice

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Comments


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:iconwho-died:
Who-Died Featured By Owner Mar 17, 2015
A very late thank you for the watch! 
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:iconcanibal-powa:
Canibal-powa Featured By Owner Oct 31, 2014  Hobbyist Digital Artist
Merci pour le fav'!

Et Joyeux Halloween!
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:iconnarimal:
Narimal Featured By Owner Oct 7, 2014  Hobbyist General Artist
This is kinda late but awhile back you gave me a favorite and I wanted to express my appreciation, 
so thank you. Love 
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:iconjanewoolf:
JaneWoolf Featured By Owner Aug 29, 2014  Student Photographer
meow for the fav. :hug:
www.facebook.com/woolf.j
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:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Digital Artist
Coucou tu as quel age Elore?
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Writer
21 ans. C'est une information que tu peux trouver sur ma page Facebook.
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Jul 29, 2014  Hobbyist Digital Artist

 Bonjour,

Si tu cherches à faire de nouvelle rencontre moi je ne demande qu'a enrichir ma vie par divers connaissance et ai soif d'échange en tout genre.

Ce message peut paraitre un peu bizarre mais je trouve que ce genre de site est le meilleur moyen de rencontrer des gens qui ont le même gout pour l’art et le dessin que moi.

J’y ai même trouvé l’amour par un hasard incroyable d’un p’tit com sur l’un de mes dessins  amour perdu depuis lors =(

Si ce message a éveillé ta curiosité 

voici mon Skype :   fooxx1986

Je serais ravie de discuter avec toi et faire plus ample connaissance. Et te souhaite une bonne journée ou soirée peut-être à une prochaine.

 

PS

Je fais un copié collé de ce message j’envois ça aux pros comme aux amateurs

(J'peux même donner des cours de dessin sur logiciel par Skype si tu es intéressé par se que je fais.)

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:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 8, 2014  Hobbyist Writer
Bonsoir fooxd,

J'ai apprécié de lire ton message et je dois dire que j'ai été intriguée par son contenu. Hélas, je fais partie de l'espère des introvertis et ma vie est actuellement saturée de contacts sociaux, bien plus qu'il ne m'en faut. Je vais réfléchir à ta proposition, peut-être trouverais-je le courage de te parler mais au vu de mon caractère et de mon goût pour la solitude, rien n'est moins sûr.

En te souhaitant une bonne soirée,
Elore
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:iconkatsuyko:
Katsuyko Featured By Owner Jun 17, 2014  Hobbyist General Artist
Eh petit esprit, es-tu toujours parmi nous? D:
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:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Jul 5, 2014  Hobbyist Writer
Oui :3
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