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About Literature / Hobbyist EloreFemale/Switzerland Recent Activity
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EloreCohlt's Profile Picture
EloreCohlt
Elore
Artist | Hobbyist | Literature
Switzerland
Je m'appelle Elore Cohlt, j'ai commencé à écrire il y a environ 10 ans, parce que le chaos qui stagnait dans ma tête avait besoin de prendre l'air.

Tout d'abord acclamée dans l'univers des blogs puis des forums rpg, je me suis arrêtée d'écrire car je n'aimais pas ce style impersonnel et hypertrophié qui était le mien.
Puis j'ai recommencé.
A écrire mieux. Presque bien.
Mes idées trouvèrent enfin un catalyseur, mes mots trouvèrent des yeux, grâce à ces auteurs à la plume bien plus fine et élégante que la mienne. Cela fait maintenant 5 ans qu'il m'arrive d'écrire bien et je dois avouer que c'en devient inquiétant.

Cet espace a été crée pour regrouper mes divers billets, essais, textes réussis ou autres. Soyez les bienvenus.
Interests

Activity


Il est des choses qu’on ne peut oublier. Des images, des réflexes, des sensations d’un autre âge et dont on ne peut se défaire. Cela fait des années, pourtant, que je suis partie loin d’elle. Des années que le sucre a cessé de fondre sur ma langue, des années que j’essaie de me remettre mais c’est vain : mes os sont toujours fragile, mon esprit refuse de coopérer. Et mon regard... mon regard. Peut-être suis-je la seule à y voir encore son reflet, les échos d’une peur ancienne. Peut-être suis-je la seule et cela me convient. Après tout, rien ne m’écoeurerait plus que de livrer mes faiblesse en pâture à qui saurait lire un peu trop fort.

Même encore aujourd’hui, je suis incapable de m’abandonner au sommeil si d’autres sont là.

Il est des choses qu’on ne peut oublier. Le plafond bleu sombre de la chambre, éclairé par les lueurs du crépuscule. Le store que l’on baisse, le walkman que l’on enclenche, le casque que l’on place de part et d’autre de mon crâne. La lumière éteinte, seuls subsistent les rais de lumière sanglante, filtrés par les stores. Je me souviens de la peur, de mes muscles qui se raidissaient déjà d’avance. Et la musique qu’elle mettait fort, pour ne pas que je l’entende se déplacer. Je ne bougeais pas, je luttais. Contre ma propre angoisse, l’envie de m’enfuir à toute jambe. C’était la peur contre la loyauté, l’effroi contre l’obéissance. Et je fermais les yeux, très fort pendant que l’obéissance gagnait. Parfois, c’était comme si mon esprit sortait de mon corps pour venir se fixer au plafond, observer la fille allongée, paumes plaquées contre les yeux alors que l’autre rôdait, caressait ses cheveux tout en s’emparant de l’objet. Je dis l’objet car je n’ai jamais vraiment su ce dont il s’agissait vraiment - selon ses dires, mieux valait que je l’ignore.

Durant le bref temps entre l’appel et l’arrivée des secours, elle aimait comparer cela à une piqûre. Je l’entends encore de façon nette : si tu avais regardé, cela t’aurait fait peur et tu aurais eu encore plus mal. C’est pour cela que je ne sus jamais ce qu’elle utilisait réellement. Si c’était une batte, un pilon ou quelque chose d’autre. De toutes façons, j’avais trop peur pour y penser vraiment. Ou peut-être que je pensais trop vite, que mon esprit s’emballait et que je me retrouvais semée, larguée par mes propres pensées. C’est une idée, aussi. Une hypothèse à ne pas écarter.

Je me souviens que - malgré mes mains, malgré le casque - je pouvais pressentir lorsqu’elle s’arrêtait, objet en main. Parfois c’était un genou, parfois un coude. Lorsque c’était le cas, elle me prenait doucement le poignet pour poser mon bras à plat sur le lit. Je me souviens que ne pas bouger en sachant ce qui allait se produire consommait toutes mes forces - j’étais presque fière d’y arriver mais surtout... je me souviens de la douleur.

J’essayais d’être digne, pourtant. De ne pas hurler. Mais c’était trop fort, trop dur à supporter. Et à chaque fois, elle plaquait sa main contre ma bouche, paume contre dents pour étouffer mes cris. Puis, pendant que je sanglotais, elle appelait les urgences. Les minutes qui suivaient étaient consacrées à me réconforter, me dire que tout irait bien. Mais mon bourreau était déjà la tête ailleurs, si heureuse d’y retourner. Et moi je crevais de mal, jointure explosée, en sang sur le matelas. C’était un rituel, auquel je me soumettais par amour et abnégation. Pour son regard si heureux, baigné de larmes de joie alors qu’elle me remerciait. C’était dans ces moments-là qu’elle disparaissait à la cuisine pour revenir avec ma récompense. Un carré de chocolat, souvent cher. Et je la laissais le glisser dans ma bouche, inerte. À la sensation de chaleur meurtrière s’échappant de mes os se mêlait la sensation de douceur sur la langue, le sucre qui fond.

Je me souviens de l’ambulance, des murs blancs. Me transporter alors que mes membres se disloquaient si facilement relevait du défi, mais le corps médical y était habitué. Je me souviens d’elle, ravie et papillonnante, si contente parmi eux, dans son élément. Elle aimait leur expliquer à quel point j’étais maladroite, se montrait heureuse comme une enfant, séductrice comme une catin. Je les détestais, les docteurs, alors qu’ils n’avaient rien fait de mal. Je les haïssais de lui donner ce qu’elle voulait, d’être les seuls, d’ailleurs, à le faire. Mais je haïssais aussi ceux qui s’intéressaient à moi de trop près, soulevaient les incohérences. Je savais qu’elle s’en faisait mais elle n’en avait pas besoin : je restais bouche scellée, digne dans mon horreur. Elle s’en méfiait, aussi. C’était pour cela qu’elle refusait de me donner de quoi soulager mes douleurs avant chaque séance : elle ne voulait pas éveiller les soupçons. Oh, c’était une femme intelligente.

Je me souviens des jours qui passent, de la routine qui s’installe. Des jours en mois, des mois en années. De mon corps qui changeait, de mon comportement qui se modifiait pour la répugner, pour qu’elle cesse de m’user. Mais rien ne la décourageait et je ne pouvais aller plus loin. Nous n’avions que l’une et l’autre, c’était pour cela que je ne pouvais m’enfuir. Et je l’aimais, je crois. L’idée qu’elle me frappe me rendait malade, mais jamais autant que l’idée de la trahir.

Je me souviens de mon quatorzième anniversaire, de la seule fois où elle effectua mal ses calculs. C’était soudain, imprévisible. Je me souviens que j’étais dans la salle de bain lorsqu’elle m’attira à elle pour me brûler. J’étais face au miroir, pas au plafond. Mais je ne me souviens plus de ce que j’y vis, non. Je crois que mon âme toute entière a lutté pour que cela reste flou.

Les jours qui suivirent furent blancs - la couleur du bandage que l’on serra autour de mon visage brûlé. La marque du fer à lisser couvrait une fossette et l’autre, chevauchant brièvement l’arête de mon nez. Je sursautais sans cesse dans ma chambre d’hôpital, me cachant sous les draps à chaque grésillement. Mon bourreau prétendit que j’avais glissé sur une plaque de cuisinière, mais je sentis le scepticisme grandissant des médecins. À cette époque, celui qui s’occupait régulièrement de moi partit à la retraite pour laisser place à un autre docteur : un homme jeune, qui disait revenir d’un long voyage. J’appris à connaître sa voix avant de pouvoir le voir, j’appris à me braquer car il était d’une gentillesse effarante, le genre d’attitude dangereuse, à faire fondre les résistances. Et je savais qu’il se doutait de tout, il me l’avait posément expliqué. Il m’avait aussi dit qu’ils me garderaient loin d’elle un peu plus longtemps, que j’aurais tout le temps de lui dire ce que j’avais à dire si je le voulais. Je me souviens n’avoir rien dit, me contentant de jeter le chocolat qu’elle m’amenait lors de ses visites quotidiennes. Le docteur venait souvent me rendre visite, me racontant ses voyages tout en la gardant à l’oeil. Mais ni elle ni moi ne trahissions quoique ce soit.

Puis vint le jour, peu après que je puisse voir de nouveau. Elle était venue me voir, dans la petite chambre que l’on m’avait assignée. À voix basse, elle m’avait demandé une faveur. J’étais fatiguée, la boule dans la gorge mais j’ai acquiescé.

Elle a serré ses mains autour de mon cou, fort jusqu’à ce que je perde connaissance.

Lorsque je me réveillai, elle était partie en me laissant un mot. Et même si elle n’était plus là, je flottai à nouveau. D’en haut, je voyais la fille allongée sur le lit d’hôpital, l’adolescente à la peau marbrée de bleus et à la face brûlée, baignée de larmes. J’étais faible, je n’en pouvais plus. D’en-haut, je me vis appeler mon médecin, attendre qu’il arrive et parler.

Hors de mon corps, je me vis la trahir.

Il est des choses qu’on ne peut oublier. Des images, des réflexes, des sensations d’un autre âge et dont on ne peut se défaire. Cela fait des années, pourtant, que je suis partie loin d’elle. Des années depuis ma trahison, depuis l’instant où nous avons été séparées. Pourtant je suis incapable d’oublier son visage et sa voix douce, le contact de ses mains et la douleur qu’elle m’infligeait. Même encore maintenant, je suis incapable d’oublier que je l’aimais. Ou croyais l’aimer, croyais que me laisser faire pouvait l’aider. Même encore maintenant, je me souviens du goût vomitif du chocolat sur ma langue. Même encore maintenant, ma gorge s’obstrue quand j’y repense. Et mon corps et mon visage portent encore les marques de ses traitements, de notre relations. Et j’aimerais tant tout oublier, cesser d’être en colère même encore maintenant.

Mais c’est impossible.

Même après tant d’années, je suis incapable d’oublier le souvenir de maman.
Chocolat amer
Une part de l'histoire d'un de mes personnages de RP, utilisée pour répondre au défi "Pourquoi je n'aime pas le chocolat".

Bonne lecture ! :heart:

Soundtrack : Alice In Chains - Nutshell
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Écrire, c’est couper. Trancher dans l’esprit, faire des choix radicaux. Couper les distractions pour mieux puiser et se replier en soi. Se pencher au bord de la bouche, plonger le seau dans la gorge et tout droit jusqu’au coeur pour voir de quoi il est fait. Écrire, c’est tâter l’intérieur, vérifier l’état. C’est solitaire, égoïste : c’est éteindre les écrans, faire taire les amis. Rester seul face à ses démons et les embrasser sans retenue, tuer les artifices.

Écrire, c’est se livrer. C’est s’allonger, s’écarteler l’âme pour en offrir les coutures au monde. C’est briser les barrières pour se faire vrai. Par amour des mots, même si c’est dur de s’exposer. C’est montrer la facette la plus sincère, livrer le coeur en pâture. C’est dompter les émotions, les canaliser pour faire surgir quelque chose du néant. C’est vivre tout plus intensément, transmettre au mieux les sentiments.

Écrire, c’est entendre. Jouer, composer avec les sons. Se faire voix haute, conter. Que la lecture soit comme un chant, que rien ne soit haché. C’est se faire orfèvre, minutieux et pénible, c’est hésiter deux heures pour enlever une virgule...

... et deux heures encore pour la rajouter.

Écrire, c’est saigner. C’est hurler, contrôler l’orage pour le diriger. En faire une flèche à deux tête, une arme qui détruit et respire. C’est viser le lecteur, communiquer. C’est tendre son orage intérieur et le lâcher, droit dans l’esprit et droit au coeur. C’est toucher, changer en profondeur. Se guérir ou se blesser pour que jamais un mot ne soit au hasard, que tout serve à étendre l’archée. C’est brutal et précieux, salvateur et meurtrier. C’est dehors et dedans, c’est tout et rien. C’est sortir de soi et c’est y rester. S’offrir et se garder. Que chaque mot serve au but de changer ceux qui s’attardent.

Ne plus faire Beau mais aussi faire Vrai. C’est simple et compliqué. Et surtout, surtout...

Écrire, c’est vivre.

Juste un peu plus fort.
En soi
A la question "Que se passe-t-il en vous au moment d'écrire ?", telle fut ma réponse.

Bonne lecture !  :meow:
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Elle est encore là.

Je ne sais pas à quoi d’autre j’aurais pu m’attendre, honnêtement, alors que je me tenais devant la porte en comptant jusqu’à cent. L’unique salle de bain de mon appartement ne contient qu’une seule fenêtre, trop petite pour laisser passer quiconque.

Lorsque je suis rentré dans la pièce, mes chaussons ont fait craquer le givre qui recouvrait le carrelage. Je vois les paupières de mon invitée, sans doute réveillée par mon intrusion, se soulever avec un petit son de verre fissuré. Sa tête se tourne vers moi, ses yeux d’une intelligence et d’une pâleur effrayante me fixent avec intensité.

Je me sens toujours un peu bête en face d’elle. Toujours de trop, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Je me racle la gorge, sourit gauchement.

- Ça va ?

Je me sens toujours un peu simple, avec mes banalités.

Elle dodeline de la tête, prend son temps avant de ne serait-ce que considérer ma question. Ses lèvres sont bleues, veinées comme sa peau fine de papier glacé, quasi-transparente. Elle me fixe, mais ses yeux regardent au-delà - j’imagine qu’elle est en train de se réveiller vraiment. Ce n’est pas la première fois qu’elle me traverse ainsi, semblant oublier même jusqu’à ma présence. J’avais un chat, qui faisait pareil et fixait des choses que je ne pouvais voir. Je ne le revois plus : il a fui lorsque je l’ai installée dans la baignoire.

Lorsqu’elle revient à elle - à moi - ses bras craquelés sortent de l’eau pour se tendre vers moi.

- J’ai chaud.

Elle a une voix rauque, chargée de cristaux et d’éclats. Et quand elle parle, de la buée s’échappe dans l’air froid. Je crois qu’objectivement, elle doit être terrifiante. Objectivement, car ce n’est pas ce que je vois.

À travers la glace, à travers le froid, je vois l’être. Je vois les émotions qui tourbillonnent, la détresse et la solitude. Et lorsqu’elle me tend les bras ainsi, j’ai envie de répondre. De la rejoindre, de la serrer fort mais pas trop pour ne pas la casser.

J’aimerais tant être assez fou pour m’y risquer.

Je ne le suis pas et à la place, je hoche la tête. Ma gorge se noue quand je lui réplique :

- Je vais voir ce que je peux faire.

Quand je referme la porte, je la sens s’agiter. J’essaie de ne pas y prêter attention, de traverser l’appartement. Ramassant un seau en plastique sous le lavabo de la cuisine, j’y jette plusieurs bac à glaçons pleins, tirés du congelo. J’en ai racheté, depuis son arrivée.

Lorsque je reviens, elle m’accueille avec un sourire. Au fur et à mesure que je m’approche d’elle, l’air se refroidit. Je m’immobilise au pied de la baignoire, prend le ton que j’adopterais pour parler à une petite fille.

- Tu ne vas pas me toucher, hein ?

Elle se tourne sur le côté, agrippant les rebords blancs avec ses mains palmées. En lieu et place de réponse, sa nageoire irisée vient battre l’eau, m’envoyant des gouttelettes froides à la figure. Elle me fixe avec de grands yeux : j’imagine que cela lui suffit peut-être. Mais il s’agit de ma survie alors je reste inflexible.

- Promets-moi.

Elle fait la moue, hésite quelques secondes puis laisse échapper un "promis" de sa voix grondante. Alors je m’assieds sur le rebord et - posant le seau sur mes genoux, entreprend de faire tomber les glaçons dans l’eau du bain. La créature me sourit, ondulant faiblement en signe de contentement. Je reste concentré, la surveillant du coin de l’oeil. Parfois, les glaçons me brûlent les doigts mais c’est supportable tant que je reste déterminé. Le froid de la pièce, par contre, commence à me faire grelotter.

Elle en rit. Je m’arrête.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Tes dents. Elles font clac-clac.

Je ris un peu tout en tremblant et c’est pathétique mais elle s’en fiche. C’est peut-être aussi cela, que j’aime chez elle : elle n’est pas du même monde, de la même espèce. Je peux être moi, être minable sans complexe avec elle parce qu’avant d’être misérable humain, je suis celui qui l’a sauvée.

- Ça va mieux ?

Elle s’étire, fait oui de la tête. Au moindre de ses gestes, sa peau se craquelle, comme prête à se briser.

- Tu veux plus d’eau ?

Un autre signe : ça a l’air d’aller. J’ai trop froid, je lui explique doucement que je vais la laisser. Elle n’est pas très contente mais finit par l’accepter.

Quand je quitte la pièce, mon petit seau plein de bacs à glaçons vides en main, j’entends la glace qui se presse contre la porte que je referme.

Cela ne fait pas très longtemps que je l’ai trouvée, agonisant sur les rochers de la crique, suffocante, la peau pelée et couverte de cloques. Elle ne m’a jamais dit d’où elle venait, ce qu’elle faisait là : elle n’a jamais eu besoin de le dire pour que je la sauve. Il lui a suffi de tendre ses bras bouillants vers moi, d’appeler à l’aide pour que je l’emmène, moi qui n’ai jamais rien fait d’extraordinaire de ma vie, moi l’homme à l’existence si discrète que même mes parents parfois l’oubliaient.

J’aurais aimé dire que ma vie a changé du tout au tout, mais ce ne serait pas tout à fait vrai : en surface elle est restée la même. Je suis resté pêcheur, vivant dans la même ville portuaire accablée par la chaleur. Les rares qui me remarquaient parfois dans leurs décors me complimentèrent sur ma bonne mine alors que je me réveillais plusieurs fois dans la nuit pour vérifier que ma locataire allait bien. Cette dernière, vivant dans une pièce que sa seule présence refroidissait, avait vite retrouvé ses facultés alors que je suivais ses instructions, lui créant l’espace humide et glacé dont elle avait besoin pour survivre. Je ne la vis qu’une fois pleurer : le jour où je la retrouvai  en compagnie du chien fugueur des voisins, mort dans ses bras, gelé par son simple contact. Je me souviens l’avoir jeté dans l’Océan et glissé de l’argent dans la boîte aux lettres de ses propriétaires : succession de réflexes stupides de celui qui ne sait quoi faire.

Parfois, elle chante. Et à chaque fois que cela arrive, je lâche ce que je tiens et mes forces me quittent. À chaque fois, mes yeux cascadent et je suis forcé de m’asseoir. À chaque fois son chant me tue et j’en ressors avec le sourire. Je n’ai jamais rien entendu de plus beau ni de plus vrai.

Elle n’a pas l’ennui facile, elle dort beaucoup à vrai dire. Elle mange de tout, gobant parfois les insectes qui, attirés par la fraîcheur, parviennent à se frayer un chemin jusqu’à sa pièce. Ce qu’elle préfère, c’est la viande crue. Quand je lui en amène, l’eau dans laquelle elle se baigne devient rouge et cela la fascine à tel point qu’elle oublie tout ce qui n’est pas le liquide écarlate qui tranche sur le nacre de ses écailles et sa peau froide.

Je ne sais toujours pas d’où elle vient ni son nom, mais j’appris d’autres choses avec le temps. Je sais qu’elle aime les romans policiers, qu’elle dévore pour ensuite m’assommer de questions lorsque je viens les récupérer. Je sais aussi qu’elle adore les livres d’images et les sitcoms stupides que nous regardons ensemble quand j’enfile un anorak et amène mon ordinateur portable dans la pièce. Je sais aussi qu’elle rêve de m’embrasser - elle me le dit régulièrement, le chante même parfois. Mais elle a peur de me tuer alors elle se retient. Je sais que cela la rend triste. J’aimerais être assez mort pour m’y risquer.

Ma vie n’a en surface pas changé. Un jour, j’ai enfilé des moufles pour lui passer un bracelet d’argent autour du poignet - un anneau n’aurait pas convenu à ses mains palmées. C’est ainsi que nous nous sommes mariés dans le plus officieux secret. Et comme lune de miel, j’ai enfilé une combinaison de ski ridicule - la seule que j’avais - pour la porter jusqu’au balcon et regarder ensemble le soleil.

Je sais qu’à ce moment-là, elle n’y a plus tenu.

Serrée dans mes bras, elle a approché ses lèvres bleues de ma joue et - alors que sa peau commençait déjà à peler - y a déposé un baiser.

Un frisson me traversa. Un seul.

La seconde d’après, je riais aux éclats et elle pleurait de joie.
Nymphea
Un texte que j'ai écrit en réponse à un défi. Il s'agissait de faire oublier la canicule, de se montrer rafraîchissant. J'ai essayé.

Soundtrack : Nick Cave And The Bad Seeds - Mermaids 
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La neige tombe sur la ville depuis des jours. Au milieu des immeubles grisâtres et recouverts de blanc, les dernières silhouettes de passants empressées se dépêchent de rentrer auprès des leurs pour fêter le réveillon. Et c’est ainsi que les rues se vident doucement, comme le sang hors des veines.

Au milieu des rues sales de neige, un homme à l’allure ordinaire qui fut chien, qui fut celui qui tint la ville entre ses mains. Ses habits sont plus sales, ses cheveux plus crasseux que jamais. Les rares badauds sur son chemin s’écartent par principe mais sans réelles conviction.

Il y a, sur le visage de cet homme à l’allure ordinaire, le plus beau sourire du monde.

Et il chante, Aaron. Il chantonne en repensant à elle, il se sent pousser des ailes, joue dans la neige avec les enfants. Entre ses poumons, il y a un petit coeur qui bat très doucement comme un oiseau qui se débat, plus fort lorsqu’il se remémore son visage. Derrière ses côtes le petit organe ne cesse de battre, de répandre le sang vivant. Et lui se sent heureux, plus heureux que jamais.

Son coeur, la magicienne ne le lui rendit pas. Pas entièrement, du moins. Mais c’était là la contrepartie, le prix de son bonheur : qu’il lui appartienne. Entièrement.

Mitsuko était sans doute criminelle, mais ses sorts étaient efficaces. Alors qu’il s’étale dans la neige et rit, la tête dans les étoiles, Aaron s’en fait la constatation béate. Le secret de son rire éclatant se devinent de ceux qui savent. Ceux qui ont été comme lui.

Il est tombé amoureux, l’homme changé.

Amoureux d’une petite fée.
66. Snow ~ Le Pacte, epilogue
La dernière partie de l'épopée, le point final.

J'espère que leur histoire vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser vos avis, je ne mords pas :heart: et bonne lecture !

Le prochain thème : Drum.

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Soundtrack :
Charlélie Couture - M'enfermer avec toi
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Le soleil se leva peu après mon réveil. Seul dans un temple abandonné avec, serrée contre moi, une ensorceleuse qui s’était jouée de moi, je regardai la lumière du jour filtrer à travers les portes et briser la pénombre de la pièce. Dans mes bras, Mitsuko respirait avec lenteur. Elle était parfois prise d’un frisson mais son sommeil - cela mis à part - demeurait paisible. Elle finit par s’éveiller à son tour, m’adressant un sourire un peu surpris, un peu penaud. Aucun de nous ne parla cependant. Comme si les lieux imposaient le silence.

Toujours sans rien dire, elle se leva et se mit à ranger les bougies éteintes. Ce fut sa voix qui brisa - en premier - la tranquillité des lieux.

- Mon travail, comme celui de beaucoup des miens, est simple. Nous usons de nos dons pour conclure des marchés, faire fonctionner le commerce.

Je hochai la tête, réalisai qu’elle ne pouvait me voir et laissa échapper un vague grognement d’approbation. Même lors de ma seconde vie, je n’avais jamais été du matin.

- Cependant, il existe des lois concernant ces pactes. Des lois strictes, des interdictions.

Un très bref temps. Après avoir rangé la plupart des bougies dans un sac, Mitsuko se redressa et m’adressa un regard.

- Prendre le coeur d’un client est l’une d’entre elles.

Comme si mon corps plus que mon esprit réagissait à ses paroles, je sentis un sentiment étrange pincer l'espace entre mes deux poumons. Machinalement, je portai la main à mon torse qui ne pulsait plus depuis la conclusion du pacte. Mon hôtesse poursuivit :

- Les choses qui ont fracassé la baie vitrée de ton bureau m’ont été envoyées pour me punir de ma désobéissance.

- C’est une sorte de police, donc ? Si je comprends bien ?

Elle acquiesça, se concentrant à nouveau sur son rangement comme si nous ne parlions de rien d'important. Sa nonchalance avait quelque chose de terrible, de déchirant. 
Même pour un sans-coeur comme moi.

Le silence s’installa, s’étendit entre nous. Je me levai, pris vaguement conscience d’avoir froid et entreprit de l’aider dans sa tâche. Dehors, les oiseaux chantaient comme pour célébrer l’avènement de l’hiver. Pris soudain d’un élan d’agacement, je secouai la tête.

- Tu les fuis ?

Elle haussa les épaules, éteignit d’un geste la flamme de plusieurs bougies.

- Oui.

Je la fixai avec insistance. Elle sembla le sentir, répliqua :

- Ils sont peut-être déterminés, mais pas autant que moi.

Sa voix tremblait légèrement. Elle laissa soudain tomber son sac et se rapprocha, plantant son regard fiévreux dans le mien.

- Je ne me laisserai pas avoir, Aaron. Pas vivante.

Elle était loin, l’enchanteresse qui avait souri de mon infortune et m'avait contemplé comme si j'étais un prix. Dépouillée de cette insupportable arrogance qu’elle abordait en ville, je la trouvai bien plus belle.

Je souris et Mitsuko plaqua sa main contre mon épaule, s’y agrippant avec fermeté.

- Je ne peux pas défaire un sort aussi puissant. Mais je peux te proposer un arrangement.

C’était pour cela que j’étais venu. J’imagine que quelque chose dut briller dans mes yeux car elle reprit, souriant à son tour :

- Si tu veux le bonheur, je peux t’assurer que tu l'auras. Tu pourras même récupérer ton coeur, en contrepartie.

Tout cela semblait trop beau. Mes sourcils se froncèrent.

- Pourquoi tu ne me l’as pas proposé au début ?

- Rappelle-toi de ce que tu m’as dit.

J’essayai, en vain. Devant mes efforts, la femme-enfant laissa échapper un soupir. Elle se mit alors à réciter d'un ton neutre :

- "Un travail impressionnant, une vraie place. Des amis, une famille... je ne veux plus être seul, plus jamais." C’était ça, ce que tu voulais.

Oui, c’était vrai. Je m’en souvenais à présent.

Le sourire de Mitsuko s’effaça, son regard se teinta de solennité.

- Tu ne m’as jamais demandé d’être heureux, Aaron. Je ne t'ai donc pas exaucé.

Je ne sus quoi dire. Soudainement, elle éclata de rire et se détourna, retournant à son rangement.

- C’est un adage qui se vérifie souvent dans mon métier : "formuler le souhait, avant de l’exiger."

Je voulus répliquer, mais elle me coupa la parole.

- Aide-moi à ranger.

Puis :

- Il faut qu’on s’active.

Et je l’aidai. Comme l’imbécile que j’étais.

***



Nous partîmes vers midi, emportant avec nous tout ce qui ne pouvait être laissé derrière. Le but de Mitsuko était d’atteindre les sommets, voir la neige qui ne fondait pas. Et cela se fit, au bout de quelques heures de marche. Nous étions haut, mais je ne l’avais pas remarqué. À croire que l’absence de coeur rendait moins observateur.

Nous ne parlâmes pas. Je n’en éprouvais pas le besoin et elle était-même se trouvait trop occupée à me guider. Lorsque ma semelle s’enfonça dans le manteau blanc éternel, je ressentis néanmoins une sensation étrange. Comme un bonheur d’être triste, une sérénité bouleversée.

- Tout va bien ?

J’avais alors hoché la tête, gorge nouée. Et elle avait ri, comme si tout cela était normal. Je ne la connaissais pas assez, à l’époque, pour savoir qu’elle avait le don d'évoluer parmi le chaos comme une carpe dans le courant. Ce que j’ignorais alors, c’était que je le saurai bien assez tôt.

Alors que la nuit menacer sérieusement de tomber, nous arrivâmes sur un petit plateau sur lequel semblait avoir poussé une cavité rocheuse qui semblait mener quelque part dans la montagne même. Ma guide s’y engouffra, me faisant signe de la suivre et nous nous enfonçâmes sous le sol neigeux.

Au bout d’une petite descente, Mitsuko s’arrêta et je l’imitai. Lorsque mes yeux purent s’habituer à l’obscurité ambiante, je pus enfin comprendre où nous étions.

C’était une pièce faite de parois rocheuses, grotte naturelle à laquelle on avait fixé des planches en bois en guise d’étagères. Et sur ses planches, des colliers, des bocaux, des bibelots et les éternelles bougies et lanternes - éteintes - qui ne semblaient jamais quitter l’enchanteresse. Cette dernière déposa ses sacs au sol, effectua une série de gestes complexes et le feu prit, déposant une flamme dans chaque bougie. Puis Mitsuko se dirigea vers une étagère, y saisit un pendentif dont la pierre - d’un rouge vif - pulsait. Elle le tendit devant moi.

- Tu vois ? C’est ainsi que je conserve les coeurs.

Le choix du bocal m’aurait semblé plus logique, mais il fallait bien l’avouer : je n'y connaissais rien en magie. Je n’ai donc rien dit, me contentant de soupeser la pierre brûlante.

- Ce n’est pas le mien, finis-je par dire. Elle acquiesça, puis, d’un geste étrangement pudique, écarta un pan de sa tunique.

Contre la peau fine de son cou reposait une pierre familière. Je sus aussitôt que c’était celle qui était associée à mon coeur.

- Je le garde toujours avec moi, dit-elle en abordant un délicat sourire. Puis elle s’avança vers moi, prit mes mains froides dans les siennes.

- Veux-tu que j’annule le sort, ici et maintenant ?

Un sourire. Comme si elle me proposait une dernière danse.

- Discutons d’abord des modalités.

Elle eut un petit rire de gorge, un rire de femme.

- Tu apprends vite.

Je ris à mon tour.

Et c’est ainsi que, lorsque minuit sonna, notre Pacte fut défait.
66. Snow ~ Le Pacte, quatrieme partie
La quatrième et avant-dernière partie de l'histoire d'un homme ordinaire et d'une petite sorcière. En espérant ne pas vous avoir perdus en cours de route, je vous souhaite une bonne lecture :heart:

Le prochain thème : Drum.

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Soundtrack :
Joe Hisaishi - View Of Silence
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Bonjour à tous.

Cela fait depuis quelques temps que je ne suis plus parmi vous. Les études, la plongée en eaux troubles ainsi qu'une trop grande dispersion m'ont aspirée, me faisant oublier le challenge que je m'étais, alors, promise de compléter. Je n'ai pas envie de m'étaler plus sur les raisons de mon absence, sachez simplement qu'elle a assez duré. Désormais, je posterais un nouveau texte tous les deux samedis (voire entre deux lorsque l'inspiration s'y prêtera), suivant les règles du 100 Themes Challenge ou d'autres idées plus sauvages, au gré de mon imagination.

Ma prochaine création paraîtra donc le samedi 28 mars, jour de ma naissance Meow :3 

En espérant parvenir à toujours susciter de l'émotion en vous par mes mots, je vous donne rendez-vous samedi prochain !

Avec affection,
Elore Heart 
  • Mood: dA Love
  • Listening to: Ed Sheehan - I See Fire
  • Drinking: Water

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Comments


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:iconwho-died:
Who-Died Featured By Owner Mar 17, 2015
A very late thank you for the watch! 
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:iconcanibal-powa:
Canibal-powa Featured By Owner Oct 31, 2014  Hobbyist Digital Artist
Merci pour le fav'!

Et Joyeux Halloween!
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:iconnarimal:
Narimal Featured By Owner Oct 7, 2014  Hobbyist General Artist
This is kinda late but awhile back you gave me a favorite and I wanted to express my appreciation, 
so thank you. Love 
Reply
:iconjanewoolf:
JaneWoolf Featured By Owner Aug 29, 2014  Student Photographer
meow for the fav. :hug:
www.facebook.com/woolf.j
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:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Digital Artist
Coucou tu as quel age Elore?
Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 9, 2014  Hobbyist Writer
21 ans. C'est une information que tu peux trouver sur ma page Facebook.
Reply
:iconfooxd:
fooxd Featured By Owner Jul 29, 2014  Hobbyist Digital Artist

 Bonjour,

Si tu cherches à faire de nouvelle rencontre moi je ne demande qu'a enrichir ma vie par divers connaissance et ai soif d'échange en tout genre.

Ce message peut paraitre un peu bizarre mais je trouve que ce genre de site est le meilleur moyen de rencontrer des gens qui ont le même gout pour l’art et le dessin que moi.

J’y ai même trouvé l’amour par un hasard incroyable d’un p’tit com sur l’un de mes dessins  amour perdu depuis lors =(

Si ce message a éveillé ta curiosité 

voici mon Skype :   fooxx1986

Je serais ravie de discuter avec toi et faire plus ample connaissance. Et te souhaite une bonne journée ou soirée peut-être à une prochaine.

 

PS

Je fais un copié collé de ce message j’envois ça aux pros comme aux amateurs

(J'peux même donner des cours de dessin sur logiciel par Skype si tu es intéressé par se que je fais.)

Reply
:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Aug 8, 2014  Hobbyist Writer
Bonsoir fooxd,

J'ai apprécié de lire ton message et je dois dire que j'ai été intriguée par son contenu. Hélas, je fais partie de l'espère des introvertis et ma vie est actuellement saturée de contacts sociaux, bien plus qu'il ne m'en faut. Je vais réfléchir à ta proposition, peut-être trouverais-je le courage de te parler mais au vu de mon caractère et de mon goût pour la solitude, rien n'est moins sûr.

En te souhaitant une bonne soirée,
Elore
Reply
:iconkatsuyko:
Katsuyko Featured By Owner Jun 17, 2014  Hobbyist General Artist
Eh petit esprit, es-tu toujours parmi nous? D:
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:iconelorecohlt:
EloreCohlt Featured By Owner Jul 5, 2014  Hobbyist Writer
Oui :3
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